La traversée des Dolomites (V)

jeudi 4 septembre 2014
par  Charles Hoareau
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Notre 5e étape [1] nous mène du Biella (2327m) au Lavarella (2060m)

Après une nuit sans histoire nous voilà rapidement prêts à repartir. Le soleil est éclatant et l’orage lointain d’hier semble ne jamais avoir existé. Il n’y a pas d’eau potable au Biella ce qui est rare pour un refuge, mais nous savons qu’un peu plus loin une source va nous permettre de remplir nos gourdes. Enfin si on la trouve…ce qui n’est pas le cas !

Le chemin démarre par une large route carrossable s’étirant doucement sur les contreforts des montagnes qui entourent la vallée que nous surplombons. Dans le matin frais notre promenade en balcon est des plus agréable. Bientôt nous quittons la piste pour nous enfoncer par un petit sentier en pente raide vers le cœur de la vallée. Il ne nous faut pas longtemps pour arriver en surplomb du lac de Fosses, large étendue d’eau entourée de prairies multicolores ou domine le vert et sur lesquelles paissent paisiblement des centaines de moutons.

Le sentier nous mène au bord du lac et au milieu du troupeau qui se déplace à peine à notre approche. Quelques bêlements et tintements plus tard, nous voilà près d’un point d’eau, une longue auge de bois où s’écoule une eau cristalline pour les hommes et les bêtes. Nous pouvons remplir nos gourdes dans ce décor bucolique que nous quittons à regret. Au loin des randonneurs, sans doute nos québécois, jouent avec deux ânons qui semblent de fort bonne humeur en ce début de journée.

Nous reprenons la descente au milieu des alpages et nous arrivons à une immense prairie traversée par une large piste et bordée de sapins centenaires majestueux. Au milieu une maison entourée d’une basse clôture de bois pour empêcher les vaches, qui se promènent de tous côtés en liberté, de venir manger les fleurs aux couleurs vives qui ornent les fenêtres : ici ce sont les hommes qui sont dans les enclos.

Notre chemin traverse la piste et monte à travers les sapins sur la montagne en face. Monter, descendre : nous ne faisons que cela depuis notre départ. Biella est à 2300m, la prairie que nous venons de quitter à 1700 et nous remontons par un large chemin à 2000m. Arrivés à cette altitude, la pente s’adoucit. Pas pour très longtemps mais assez pour nous faire apprécier la brise qui se faufile entre les sommets empierrés qui s’étendent à perte de vue. Au bout du plateau nous refaisons le plein d’eau au refuge Fodela.
Avec la chaleur nous avalons des litres... Ou presque.

Face à nous, des montagnes enneigées. En dessous de nous, 500m plus bas, un nouveau plateau nous attend. Nous entamons la descente sur une piste tellement raide que nous nous demandons comment des véhicules peuvent la gravir ou même la descendre. Pour aider à l’accroche des roues, elle est cimentée et parsemée de pierres en saillie : cela peut-il suffire ?
Nous aurons la réponse un peu plus tard. Un gros 4/4 appartenant au refuge arrive à la monter en forçant sur le moteur et, plus spectaculaire encore, un camion de matériaux la descend en se reprenant à chaque virage. En bas dans la prairie où se finit la route et d’où émerge le refuge Pederü, des dizaines de têtes levées scrutent l’épopée du véhicule avec un regard d’incrédulité auquel se mêle un sentiment d’inquiétude pour le chauffeur.
Il finit par arriver sur le plat.
Chacun peut alors détourner la tête, baisser le regard, souffler et reprendre ses occupations : nettoyer son vtt, continuer son pique-nique, promener ses enfants…ou reprendre son somme, tout simplement.

Depuis la vallée, on peut atteindre le refuge Pederü en voiture. Aussi il est adossé à un immense parc de stationnement, dont on devine qu’il est pour certain synonyme d’arrivée au cœur des montagnes, pour d’autre point de départ vers les sommets.

Après avoir mangé, reposé nos jambes et rempli à nouveau nos gourdes nous repartons.
Le refuge Lavarella où nous nous rendons est à 2000 mètres d’altitude. Nous avons donc 500 mètres à remonter. Nous voyons bien le sentier et cela ne nous encourage pas : il grimpe, sans un point d’ombre, dans la pierraille chauffée depuis le matin par un soleil brûlant. Il est 14h. Nous montons doucement pour ne pas être assommés par le feu qui nous entoure et que pas un souffle de vent ne vient atténuer.

Au bout de 300 mètres de montée nous atteignons les premiers pins signes d’accalmie, quand les québécois nous rejoignent. Le temps de se taper dans la mite et de se donner rendez-vous pour la bière de l’arrivée, nous repartons. Au fur et à mesure que nous montons les montagnes environnantes où se mêlent l’ocre rouille, les gris, les beiges, se font plus imposantes et nous pressent davantage.

Autour de nous la forêt s’enhardit, encouragée par une rivière généreuse dont nous nous rapprochons à chaque lacet. Bientôt le chemin longe le cours d’eau, suit ses méandres, l’épouse harmonieusement.
Une pancarte nous annonce la proximité du Lavarella et, au détour d’un virage, nous découvrons une toile enchanteresse qui rappelle les tablettes de chocolat de l’enfance. Un cirque entouré de montagne. Une prairie qui tapisse le fond du cirque. Au milieu de celle-ci un lac alimenté par une rivière au courant à peine perceptible. Dans la prairie des vaches qui déambulent paisiblement. Près du lac, vers le fond du tableau, notre refuge qui se détache au milieu de quelques chalets en bois sombre…Ne rester là qu’une nuit…..oui mais alors se promettre d’y revenir un jour pour y rester longtemps et se désaltérer à la magie des lieux…

La soirée s’écoule en harmonie avec le tableau. Très peu de mots, très peu de gestes, juste boire le silence et l’air du soir qui descend des sommets. Le refuge fait penser à un havre de paix que les voyageurs d’un soir n’osent pas troubler. Pas d’éclats de rire, mais de bancs en bancs, les murmures des conversations tranquilles entre randonneurs reposés…Un veau en mal de tétée, viendra me lécher la main et prendre mon poing tout entier dans sa gueule.

Au repas succulent (ce qui devient une habitude), l’atmosphère est feutrée. Rien à voir avec l’ambiance bruyante et joyeuse de la veille. Nous apprenons par la serveuse l’origine et le sens du mot üscia, mot souvent rencontré sur les pancartes du chemin et qui en ladin, la langue du sud Tyrol [2] veut dire refuge.

Üscia Lavarella, cela sonne comme une invitation à la rêverie lacustre et vespérale…


[1voir les autres étapes dans cette même rubrique

[2Trois langues sont parlées au Tyrol : l’allemand au Tyrol du Nord, de l’Est, et du Sud ; le ladin au Tyrol du Sud ; l’italien dans le Trentin



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