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Sarkozy au Crif

Nos enfants devraient encore faire les frais de la laïcité.

samedi 16 février 2008

La lettre d’une mère de famille et parente d’élève à Paris

Voila que, non satisfait de la glissade morale effectuée sur la peau de banane Guy Moquet qu’il s’était à lui-même étendue comme carpette, M. Sarkozy prétend « faire en sorte que, chaque année, à partir de la rentrée scolaire 2008, tous les enfants de CM2 se voient confier la mémoire d’un des 11 000 enfants français victimes de la Shoah ».

Ma fille sera en CM2 en 2013. Elle porte en elle de par la grâce de ses parents la mémoire de ces milliers d’enfants, français et non français, qui au long de l’histoire humaine furent déportés, séparés des leurs, rendus orphelins, esclaves, choses sexuelles, assassinés…sur les 5 continents.
Et qui le sont encore.

Elle porte en elle la mémoire future de ces enfants violemment séparés de leurs parents ou familles, ici, maintenant, en France devant ses yeux de fillette de 4 ans. Elle porte en elle en tant que future femme, citoyenne, lionne au combat, la mémoire de tous ces enfants qu’elle aura vus déportés de son supposé pays de cocagne vers des univers où ils disparaissent, de tous ces enfants qui n’ont pas d’enfance, en Palestine, au Liban,... de tous ces enfants marchandés cyniquement, au nom de l’enfance, au Tchad, ailleurs…

Ma fille porte en elle tout ceci parce qu’elle est vivante. Parce qu’elle a un papa et une maman vivants auprès d’elle. Qui animent son âme autant qu’ils le peuvent de toute l’actualité de leurs combats, à sa mesure de petite fille, en lui apprenant qu’il n’y a pas de différence, entre un enfant blanc et un noir, entre un enfant juif, catholique, sikh, musulman, bouddhiste, que tout enfant a droit au bonheur d’être enfant, dans la douceur de sa famille, les câlins, le jeu, les apprentissages.
Ma fille porte en elle tout cela, et elle ne se verra pas confiée par l’école la mémoire de l’un des 11 000 enfants français victimes de la Shoah. Ce travail, qui m’est dévolu en tant que parent, et qu’il n’appartient pas à mon sens au Président de la République de choisir de faire à ma place, je l’élabore dans le respect de mon enfant, et de ce qu’est notre famille.

Il n’y a pas que la Shoah, Mr. le Président. Maints massacres furent perpétrés, maintes mémoires furent et sont encore blessées qu’il vous semble vain d’honorer, maints enfants furent déportés et assassinés, dont vous semblez faire si peu de cas, en d’autres temps tout aussi atroces que celui de la Shoah.

Quel est ce besoin que vous nous démontrez donc là , un besoin de repentance ? Ce mot que vous refusez à tout crin à ceux qui ne vous le demandent même pas, mais qui voudraient juste prononcer le mot de mémoire sans se faire éconduire ? Qu’allez-vous donc faire dans cette galère ? Quel besoin de s’aplatir dans le vent d’une seule direction, sous les tapis du souvenir d’une seule victime ? Vous nous avez suffisamment dit lorsque cela vous arrangeait que les enfants n’étaient pas comptables des fautes de leurs pères.

Ma fille ne se verra confier par vous la mémoire d’aucun enfant d’une seule confession, d’une seule déportation, d’un seul esclavage, d’un seul massacre.
Ma fille ne sera jamais l’objet de votre manipulation de l’histoire, de l’émotion, du drame humain au service de vos seuls biens et besoins personnels, politiques ou autres.
Elle ne croulera pas sous le poids de votre culpabilité ou de vos obédiences.
Elle grandit libre dans sa connaissance de l’autre, des ses bonheurs et malheurs, grands et petits, auxquels nous désirons l’éveiller pour qu’elle puisse partager le poids, plus tard, avec ceux qui souffrent.

Mon enfant, nos enfants, grandissent à présent dans une France dont mes parents, humains généreux s’il en fut, auraient profondément honte.
Si ma mère n’était pas morte, elle défilerait aujourd’hui du haut de ses 89 ans, pour vous faire savoir qu’il suffit.
Qu’il suffit de l’outrager.
Qu’il suffit de choisir dans les souffrances humaines celles qu’il vous agrée d’honorer et celles qu’il vous indiffère d’ignorer.
Quand ce n’est pas celles qu’il vous arrange de rejeter dans de lointaines poubelles.
Qu’il suffit de gesticuler, justifiant toutes les exactions de la France dans l’Ailleurs en ne supportant pas que l’Ailleurs vienne vivre dans la France.
Qu’il suffit de faire la leçon à des enseignants sur ce qu’il convient de faire partager d’histoire à leurs élèves, alors qu’ils nous font tous les jours partager, à nous parents, la fin de l’histoire d’une éducation nationale que vous rendez exsangue.
Qu’il suffit de tuer les familles, je pèse mes mots, en envoyant vos sbires arracher les portes, arracher les affaires personnelles, arracher les êtres de leur travail, arracher les hommes de leur famille, arracher les mères de leurs enfants, ce que vous faites tous les jours, ici, en France.

 Quand vous offrirez de la France un autre spectacle aux yeux de nos enfants.
 Quand vous cesserez de nous mettre en deuil chaque matin de l’une des qualités d’accueil, de soin, de solidarité, d’éducation, de liberté, d’égalité, de fraternité... qui devraient être la nature, l’essence, la colonne vertébrale de notre pays.
 Quand vous vous préoccuperez, aussi, de ce qui se passe dans une salle de classe lorsque les maîtresse malades ne sont pas remplacées, au collège lorsque les adultes si dévoués soient-ils à leur mission, n’y sont pas assez nombreux.
 Quand vous proposerez à nos enfants la prise en considération de toutes les souffrances des humains à travers l’histoire, sans quantification, sans classification.
 Quand vous nous aiderez véritablement à les construire dans le respect de l’autre sous les yeux d’une République exemplaire.
 Quand vous tiendrez vos promesses de protéger tous les opprimés, toutes les femmes opprimées, tous les déshérités, tous les enfants déshérités...
 Quand vous ferez véritablement preuve d’un courage révolutionnaire et visible en cessant les exactions, en ramenant vos chiens.
 Quand vous serez capable de ne plus fabriquer visiblement et incessamment un pathos bien ciblé, d’héroïsme ou de pitié, c’est tout comme, pour dissimuler la déconstruction de l’humain et de l’espoir que vous vous acharnez à promouvoir.
 Quand vous serez ce que vous n’êtes pas, quand vous ne serez plus ce que vous êtes.

Je cesserai d’être en deuil de mon pays idéal.
Je cesserai de ne pouvoir plus lire les journaux et de pleurer chaque jour à la découverte des nouveaux nuages.Un grand mal est toujours suivi d’un grand bien. La citoyenneté profondément humaine, sincère, dévouée, invisible, muette pour l’instant, s’amplifie chaque jour qui passe avec son lot d’expulsés amis, de justes condamnés, ...

La réponse à votre action est dans cette résistance contre laquelle vous ne pouvez strictement rien. La pensée et le coeur sont irréductibles.
Ma fille se construit, comme bien d’autres enfants, par la grâce d’adultes conscients de leur devoir d’« êtres au monde » parmi d’autres « êtres au monde ».
Ces enfants seront des adultes, nombreux et imperturbables, des lions, auxquels il incombera de développer à une échelle jamais vue les valeurs de beauté et de bonté de la vie, pêchées dans le meilleur de chacune de leurs origines, passées au tamis du métissage, cimentées entre elles par la liberté et l’empathie réunies.
Vous ne sauriez apprendre à mon enfant cela que je choisis de lui apprendre.
Son espoir et sa force sont entre les mains de son père et de sa mère.

Claire Malbos

Paris , le 14 février 2008

Messages

  • merci pour cette page sublime de vérité, de sincérité maternelle et d’humanisme.
    également mère de famille, j’adhère à ce constat douloureux, et comme cette mère, je continue mon combat pour un monde libre et je trace le chemin pour que mes enfants le poursuivent...au côté de tous les autres, sans distinction aucune.

  • Merci Claire pour ce cri de révolte face à un nouveau gadget qui méprise les humains qui doivent s’en accomoder pour le "bon plaisir" du prince qui joue a nous gouverner.

    J’avais juste mis en ligne sur notre site http://aid97400.lautre.net une longue compilation d’informations sur LA SHOAH ET L’ECOLE quand j’ai reçu la lettre de rouge midi. J’ai donc rajouté votre texte et le lien vers ce site. merci encore. rien a rajouterà vos paroles de légitime colère et d’espoir. JMT

    Voir en ligne : AID

  • bravo, c’est digne d’un "j’accuse"

  • bonsoir
    Je ne peux rester pas sans exprimer ma fièrté et ma joie de commentaire très juste et très objectif de cette mère de famille (Claire Halbos). On rappelle les enfants de Shaoh qui a eu lieu avant une soixantaine d’années alors qu’on ne voit pas les crimes actuels de ce même peuple contre les enfants de Liban (massacres de Cana, 4millions pompes de fragmentation...) et les enfants palestiniens et d’Irak...
    Un sondage concernant ce sujet, me paraït utile afin de voir les points de vue des autres parents, que pensez vous ?

  • Sarkozy n’est plus avec nous c’est évident. Cet homme qui n’est pas structuré est complètement paumé tout seul là-haut à la tête de l’état. Il a pété un plomb, il se prend pour le sauveur du monde.
    Qu’est-ce qu’on va faire de lui ?

  • Moi, si j’ai le choix, je vais adopter la mémoire d’un enfant vendéen, dont les parents ont servi de culotte de "peau pur vendéen" aux hussards de la république ou un de ces enfants bretons que les mêmes hussards faisaient cuire à la broche ou celle d’un petit palestinien ; peut-être même que je ne choisirai pas et je les adopterai tous les trois !
    Je ne pratique pas l’humanité sélective !

  • Merci Claire pour ce message qui parle à mon coeur ! merci de me redonner l’espoir que nous sommes nombreux à encore rester muet mais conscient que ce qui se passe n’est pas une fatalité.
    j’ai été émue aux larmes ! et je voulais seulement saluer ce cri pour que l’Humain se réveille en chacun de nous en ces temps troubles ... Vive l’espoir

  • Merci de votre message.
    Je me souviens d’une publicité du journal Le Monde, dans les années 1970, représentant Albert Einstein avec pour légende :
    NE FAITES JAMAIS RIEN CONTRE VOTRE CONSCIENCE MEME SI L’ETAT VOUS LE DEMANDE.
    Charles Joussellin

  • Bravo !
    je pense comme vous.
    Merci de si bien l’exprimer !
    J’essaie aussi d’élever mon fils dans ces valeurs en lesquelles je crois.
    Amicalement
    Anne

  • Les enfants sont plus faciles à contraindre !
    Mais il semble que cela soit plus difficile avec : les pêcheurs, les cheminots, les enseignants, ....

    Alors il ne lui reste que ce moyen d’action : changer les programmes scolaires (en rajoutant des contraintes mais en enlevant quoi ?) et obliger les enfants à un devoir de mémoire à la place des politiciens ....

  • MAGNIFIQUE !!!
    C’est un vrai appel à la résistance nécessaire aujourd’hui pour survivre dans la société Sarkosienne.
    Nous ne rentrerons pas dans le moule et nous devons refuser ces manipulations injurieuses à notre condition humaine et surtout injurieuses envers toutes les victimes de l’histoire. Un tel personnage ne peut s’approprier l’histoire des autres car nous le savons s’il avait vécu à cette époque il n’aurait certainement pas été du côté des JUSTES !!!!!

    Catherine

  • Votre lettre m’a émue et réconfortée. Réconfortée car je crois que nous sommes, chaque jour , de plus en plus nombreux à réagir aus propos de Nicolas Sarkosy.
    Pauvre France.
    N’acceptons pas ce qu’elle est en train de devenir.

    Les droits de l’homme : bafoués !

    Les acquis sociaux pour lesquels nos parents et grand-parents se sont battus:bafoués !

    Le respect des citoyens que nous sommes:bafoués !

    Jusqu’à quand allons nous accepter ce despotisme qui tue la démocratie ?

    Frédérique

  • merci pour votre écriture pour l’article, j’aime votre site web et bonne chance. Cordialement.

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