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La France : entre déclin et modèle social (II)
mardi 1er mai 2007
LA PARALYSIE DE L’ETAT ?
1] La dette publique conduit à la paralysie de l’Etat :
Les déficits publics s’accumulant d’année en année, la dette enfle et prend une part toujours plus importante des ressources de l’Etat, empêchant une véritable action publique. C’est ce que montre la revue capital par le graphique ci-joint qui explique : « notre endettement, un des plus lourds d’Europe.... Grève sérieusement le budget de l’Etat »
2] Une part de vérité qui cache...
Si l’on représente sous la forme d’un graphique les actions de l’Etat dans le cadre de son budget, on constate que le deuxième poste budgétaire se trouve être en effet le remboursement des intérêts de la dette contracté par l’Etat au cours des exercices antérieurs. D’où le constat établi que le développement de la dette conduit à l’impuissance de l’Etat. Répétons une fois de plus, que ce constat est juste, mais que la vraie question à se poser est de comprendre les raisons réelles de la dette et non de trouver un bouc émissaire exutoire facile (les fonctionnaires).
3] 120 Milliards d’euros de subventions au capitalisme :
Le lecteur peut se demander comment j’arrive à présenter une « dette publique », en une "subvention massive » au système économique dominant. Je le renvoie à ma petite histoire du S.D.F et du P.D.G, et je rappelle que les comptes de la Nation, comme ceux des entreprises sont avant tout des « jeux d’écriture ». Le budget de l’Etat peut être présenté comme présentant une « dette insupportable » dont la faute incombe essentiellement aux fonctionnaires [1], mais il est aussi possible de présenter de manière toute aussi cohérente, que le premier budget de la Nation va d’abord soutenir le système économique dominant, à savoir le capitalisme mondial.
– Les aides aux entreprises 65 Milliards d’euros : Selon le Figaro du 24 janvier 2007, les entreprises ont touché 65 Milliards d’euros.
– Les Subventions aux marchés financiers 22 Milliards : Je renvoie le lecteur à l’article précédent, qui montrait comment l’évolution de la dette n’était pas linéaire, mais cyclique et l’augmentation de la dette survenait après des krachs financiers, nécessitant un soutien de l’Etat aux marchés financiers, en vue d’empêcher leur écroulement (leçons de la crise de 1929). Les intérêts de la dette s’élève à 40 Milliards. Sachant que le taux de prélèvement obligatoire en France (ce que prélève l’Etat sur les richesses nationales créés P.I.B) est de 44 % [2] . L’application de ce taux aux intérêts de la dette me donne en définitive la vraie dette publique soit 18 Milliards. La différence (40 - 18) me donne la partie de l’argent public qui a été consacré pour soutenir les marchés financiers au moment de leur propre crise, soit 22 milliards d’euros.
– La fraude fiscale 14 Milliards d’euros : Un rapport du conseil des prélèvements obligatoires estime la fraude entre 29 à 40 Milliards d’euros. Je ne retiens que les aspects concernant les entreprises (Impôt sur les sociétés 4 Milliards d’euros et fraude à la T.V.A = 10 milliards) [3].
– Les aides au logement 14 Milliards : Un rapport de la cour des comptes estime que les aides au logement s’élève à environ 14 Milliards d’euros. Comprenons que ces aides, sont en effet une subvention aux entreprises, du fait de la faiblesse des salaires et de la montée des salariés pauvres.
– La Prime Pour l’Emploi 4 Milliards : Last but not least, la prime pour l’emploi payé par l’Etat à destination des salariés pauvres est bien une forme de subvention de l’Etat envers les salariés mal payés par les entreprises.
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Et le total de tout ça nous donne le chiffre de 120 Milliards d’euros, comme le représente le graphique ci-dessous.
4] Une nouvelle lecture du budget de l’Etat :
Et bien cette relecture donne le constat suivant : Le premier poste budgétaire, n’est pas l’Education nationale, mais, avec 120 milliards d’euros, « les subventions au capitalisme ». Je remercie du fond du cœur, mes profs de Français du lycée public de Manosque, qui nous ont appris à lire Rabelais. Celui-ci indiquait pour la lecture d’un livre : « qu’il fallait casser l’os pour trouver la moelle ». Eh bien un budget c’est un peu un livre, et il faut le casser (le travailler) pour trouver son sens caché. J’espère qu’au-delà des aspects techniques rébarbatifs, le lecteur aura compris que la raison qui pousse les gouvernants à systématiquement chercher des boucs émissaires et notamment les fonctionnaires, n’a qu’un objectif : cacher une réalité infiniment plus complexe, car il n’est pas forcément idiot de soutenir l’activité économique y compris par le déficit public. Le tout est de le dire et de visualiser l’efficacité du système, or là, tel n’est pas le cas.
LES MENOTTES AU POIGNET :
Quand le titre d’un article des Echos du 21 Mars 2007 s’intitule : « Le poison de la dette », quand la cour des comptes lance un avertissement au prochain Président, en indiquant que la réduction de la dette est une urgence absolue, quand l’institut Rexecode (proche du patronat) indique que « le projet Royal » nous pousse vers un endettement à 70 % », que la candidate elle-même indique : « dénoncer l’endettement de la France » [4] et qu’enfin aucun des trois grands programmes ne permettrait la réduction de la dette [5], on peut en effet se demander ce qui reste comme marge de manœuvre [6] au politique pour prendre des initiatives en vue de régler les problèmes soulevés par les citoyens (emplois, logement, pouvoir d’achat, santé etc.).
ON N’EST JAMAIS AUSSI BIEN TRAHI QUE PAR LES SIENS : Mais un rapport économique différent et adopté par le sénat montre les risques d’une logique de désendettement à marche forcée.
De la lecture on se sent libéré des... menottes : Le journaliste des Echos indique : « Dans un rapport, qui s’appuie sur des travaux de l’OFCE, la délégation à la planification du Sénat estime, à l’inverse du rapport Pébereau, qu’un désendettement rapide de l’Etat comporte des risques de contraction de l’activité. Dans un pays endetté aux deux tiers de la richesse qu’il produit (66,6 % fin 2005), la réflexion semble pour le moins iconoclaste. Elle est pourtant au centre d’un très sérieux rapport de 244 pages mis en ligne aujourd’hui par le Sénat, qui vient de l’adopter dans le cadre de sa délégation à la planification. Tel qu’il a été communiqué à la Commission européenne, l’objectif d’une réduction à marche forcée de la dette publique présente plus de risques que de bénéfices pour l’économie française à moyen terme, analyse en substance le sénateur Joël Bourdin (UMP), président de cette délégation ».
De toutes ces contradictions, que faut-il en retirer ?
LE MOUVEMENT APPARENT / MOUVEMENT REEL :
Sans conclure sur cette question de la dette et de l’action publique, le lecteur a pu constater que derrière le mouvement apparent de la dette, se cachaient des éléments beaucoup plus importants que la dette elle-même.
Dans la période actuelle de l’élection présidentielle, la sur médiatisation de la dette a bien comme objectif de cacher aux citoyens la question fondamentale de l’utilisation de l’argent public et la dénonciation systématique des fonctionnaires et du service public vise à cacher, en allumant des contre feux, les vrais responsables du développement de la dette. Mais il en est de même pour d’autres questions, c’est ce que nous allons voir...
[1] Essentiellement les profs d’ailleurs, présenté comme le premier budget de la Nation et cause de tous nos maux (échec scolaire).
[2] Source O.C.D.E
[3] Je souligne que le rapport estime celle-ci entre 8 à 12 Milliards, que les salariés payent à 100 % et que les entreprises ne reversent pas, d’où l’importance de cette fraude.
[4] Le Monde 13 Février 2007
[5] Titre de La Tribune du 29 mars 2007
[6] Peut-on encore faire des choix économiques face à ces contraintes de marché ?
Rouge Midi