Accueil > Rubriques du site > Tribune libre > Régionales 2010 : mais à quoi joue le Parti Communiste Français ?
Régionales 2010 : mais à quoi joue le Parti Communiste Français ?
mercredi 9 décembre 2009
Les conférences régionales du PC puis les adhérents communistes eux-mêmes se sont prononcés sur le type de liste qu’ils entendent présenter au premier tour des prochaines élections régionales.
Si dans la plupart des cas, le PC ira à la bataille sous l’égide de listes Front de gauche, dans cinq régions il fera cependant liste commune avec le PS dès le premier tour.
Un choix « à la carte » en quelque sorte, fait surtout en fonction de la configuration électorale de chaque territoire et destiné à sauvegarder le plus grand nombre de ses conseillers régionaux sortants…
A l’issue des trois jours consacrés à la consultation des militants, 43 835 communistes (63,13% des inscrits) ont déposé un bulletin dans l’urne.
Dans la plupart des cas le choix fait par les conférences régionales ont été confirmé par les militants : dans 17 régions, le PC ira à la bataille au premier tour sous l’égide de listes Front de gauche avec le Parti de Gauche (PG) de Jean-Luc Mélenchon et La Gauche Unitaire (GU) de Christian Picquet.
Mais dans cinq régions et 19 départements, ils se sont prononcés pour une alliance avec les socialistes dès le premier tour : Basse-Normandie, Bourgogne, Bretagne, Champagne-Ardenne et Lorraine.
Par ailleurs, la situation est pour le moins confuse dans certains endroits. Ainsi, en Languedoc-Roussillon, le 21 novembre dernier, les adhérents du PC décidaient à 87 % de présenter une liste Front de Gauche, face à la liste UMP menée par Raymond Couderc et à celle dirigée par Georges Frêche. Mais mardi 24 novembre, la presse locale informait que les instances fédérales du Parti Socialiste avaient décidé de mettre Jean-Claude Gayssot en 5ème position sur la liste de G. Frêche !
En Ile-de-France, le maire PCF de Sevran (Seine-Saint-Denis) Stéphane Gatignon annonce qu’il sera candidat aux élections régionales sur la liste d’Europe Ecologie. A la question de savoir s’il quitte le parti communiste, il déclare : "C’est plutôt le parti qui m’a quitté. Mais je reste communiste" !
Dans la région Poitou-Charentes, région d’importance car la présidente sortante est Ségolène Royal, les adhérents du PC ont désavoué le choix d’alliance avec le PS dès le premier tour fait par la conférence régionale et les élus communistes sortants !
Finalement, en décidant de ne pas choisir une stratégie claire dans toutes les régions, la direction du parti de la place du Colonel Fabien, brouille fortement le message initial du Front de Gauche, déjà expérimenté, avec un certain succès, lors des dernières élections européennes. Ce manque de cohérence est d’autant plus dommageable que depuis la création du Front de Gauche et du NPA, il apparaît évident que si les partis à gauche du PS s’unissaient, le paysage politique à gauche en sortirait grandement modifié. L’exemple de Die Linke en Allemagne plaide en ce sens.
Dans un cas (listes du FdG), le PC risque de perdre des élus, ne serait-ce parce que les places éligibles doivent être partagées avec les autres formations constituant le FdG. Ce n’est pas rien puisque économiquement, le PC est en très grande difficulté sans la manne de ses élus de terrain.
Mais en rompant avec le PS, il fait aussi un choix politique d’importance : celui de renouer avec sa propre histoire et avec le terrain d’une certaine radicalité, terrain occupé plutôt par le NPA et Lutte Ouvrière. Ce choix peut s’avérer gagnant au final car le Front de gauche avait déjà fait un score relativement satisfaisant, dans la plupart des régions aux dernières élections européennes ; la barre des 5% étant indispensable pour pouvoir fusionner au second tour avec le PS et Europe-Ecologie.
Dans l’autre cas (listes PC/PS au premier tour), le parti de M.G. Buffet peut espérer également garder nombre de ses élus, avec l’argument de pouvoir influencer les décisions des majorités régionales. Bien que jusqu’ici, cela n’a joué qu’à la marge et sur des sujets annexes, le PC peut conserver une certaine influence locale.
Cependant, en jouant ainsi sur les deux tableaux, le PC rebute tout à la fois le PG, le PS et le NPA.
Cette stratégie multi-facettes fait voler en éclat le Front de Gauche avant même le premier tour dans 5 régions ! Son principal partenaire, le PG va se retrouver isolé et devra sans doute passer des alliances avec d’autres formations, notamment le NPA, pour espérer dépasser la barre des 5%.
Plusieurs personnalités du PS dont Ségolène Royal et François Hollande ont critiqué sévèrement la stratégie d’autonomie du PC et du FdG dans une majorité de régions. En effet, le PS sans liste d’union de toute la gauche dès le premier tour, risque de céder la première place à Europe-Ecologie et perdre ainsi la présidence dans certaines régions, notamment la région parisienne, ce qui ferait l’effet d’une véritable bombe !
Quant au NPA, il condamne lui aussi cette stratégie « à la carte ». Jean-François Grond, numéro 2 du NPA le reconnaît sans détour : « Pourquoi y aurait-il des accords à la carte ? Cela voudrait dire qu’il pourrait y avoir des programmes politiques à la carte ? Il faudrait faire une différence entre le Nord et l’Auvergne par exemple ? On pourrait être contre les subventions versées aux entreprises qui licencient dans certaines régions et pas dans d’autres ? ».
Mais tout dépend finalement du Parti Communiste, car autre paradoxe, s’il est plus faible que jamais au niveau électoral, aucune alliance de poids ne peut se faire sans lui au sein de l’autre gauche. Son passé, le nombre de ses militants, ses réseaux pèsent encore lourd, au moins localement.
Pour l’instant, cette stratégie "à la carte" lui semble le plus sûr moyen de conserver un grand nombre de ses 185 élus régionaux sortants et de stopper, grâce au FdG, sa dégringolade électorale qui a atteint son point culminant à la dernière élection présidentielle avec 1,93% des voix.
Le pari est cependant hasardeux car le PC semble arrivé à l’extrême limite de ses grands écarts. Au niveau régional, on assiste à des petites combines d’alliances selon les opportunités qui se présentent. Au niveau national en continuant à s’allier à un PS traditionnellement de gauche dans l’opposition et démocrate-libéral quand il exerce le pouvoir, la ligne idéologique du PC devient complètement illisible…
Photo Flickr-cc : Marie-George Buffet par idf-fotos (http://www.flickr.com/photos/idf-fotos/1418626920/)
Voir en ligne : Réformer Aujourd’hui
Rouge Midi
Messages
11 décembre 2009, 14:22
Finalement, cet article est à la hauteur de ceux qu’il prétend critiquer : celle de la politique politicienne.
Première remarque : où peux-t-on constater que le Front de gauche a été essayé avec un certain succès ? Personnellement, je ne pense pas que faire 0,17 % de plus que les listes PCF seules est un grand succès ! Qui plus est avec une abstention énorme dont une forte proportion est du type "coup de pied dans la fourmilière capitaliste" qu’est l’UE. En plus, dans le Sud-Est, on a été gâté avec le recyclage d’une cadre du PS alors que personne ne le demandait... A mon avis c’était un message fort de la démarche réformiste du Front de Gauche, alors qu’il y a tant de camarades qui luttent dans leur entreprise ou dans les comités de chômeurs.
Deuxièmement, en quoi Die Linke est une formidable avancée ? Peut-être en Allemagne ? Mais après tout, il ne s’agit que de la réunion de courants réformistes qui risquent une fois de plus de se casser les dents sur la réalité capitaliste. En effet, grâce à Internet, on apprend facilement que la gestion des Länders par Die Linke en ex-RDA ne relève guère d’une gestion anti-capitaliste...
Une fois de plus, l’auteur nous présente l’addition politicienne de directions plutôt trotsko-réformistes comme le must du must qui se traduirait par un fort score électoral. C’est faire abstraction complète de la réalité de la vie. Beaucoup ont peut-être oublié les comités anti-libéraux ou encore José Bové qui a fini par aller à la soupe comme bien d’autres. Il ne suffit pas d’additionner des groupuscules tous plus ou moins issus de la même matrice pour avoir une emprise sur les différentes classes sociales, et notamment, sur celles qui devraient intéresser les soit-disant anticapitalistes, à savoir les prolétaires.
Quant au PCF, il ne peut pas être présenté comme une entité uniforme. C’est ne pas comprendre qu’il y a dans la vie politique, combat entre les révolutionnaires (les communistes au sens large) et les réformistes, que ce soit dans la société comme au sein du PCF. La direction du PCF est réformiste. Mais pas le PCF dans son entier. Et les positions du PCF reflètent cet état de fait.
Enfin, je terminerai en disant que dans le contexte actuel français, s’il y a une chose à préserver et faire prospérer, c’est bien la démarche communiste et l’identité communiste. Et une telle politique ne peut s’appuyer que sur une démarche de classe, une conscience de classe et une analyse de la société de ce point de vue. C’est pourquoi je pense que le Front de gauche est à la fois un recul par rapport à la sauvegarde d’un point de vue communiste en France (= dilution voulue par la direction réformiste et liquidatrice du PCF) et une avancée, parce qu’un certain nombre de camarades adhérents du PCF viennent de se rendre compte que l’alliance sans rapport de force avec le PS était une embrassade mortelle pour le courant communiste français.
J’oubliais : ce texte ne fournit aucune analyse critique de ce que sont réellement les régions, à savoir un élément très fort du dispositif de l’Union Européenne pour casser les nations et leurs services publics. Tous les exemples convergent. Les personnels des Lycées sont désormais fonctionnaires territoriaux et demain, qui empêche qu’il y ait une délégation de service public régional pour privatiser en douceur ce qui relevait encore hier de l’Education nationale. Pareil pour les TER avec la SNCF. Autre exemple : celui des pôles de compétitivité. Ces derniers récoltent des fonds publics notamment des collectivités territoriales qui les abondent directement. Qui gère les pôles de compétitivité ? Le patronat. Dans le Rhône, le pôle de compétitivité "Axéléra" (Chimie et environnement) a son siège... au Medef ! Et parallèlement, les grandes boîtes de la chimie ferment leurs centres de recherche et le gouvernement casse le CNRS. En admettant que ce grand rassemblement de la "gauche de la gauche" réussisse, je pose donc la question suivante : pour faire quoi une fois élus à la Région ?