Signez la pétition !

samedi 24 décembre 2005
par  Charles Hoareau
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L’année qui s’achève aura donc vu dans notre département un automne de luttes exceptionnel. Quels enseignements en tirer ? Si à la surface des choses on peut se dire que le gouvernement s’en tire bien et que les salariés n’ont pas remporté les victoires que leur mobilisation était en droit d’attendre, il n’est pas sûr que tout puisse se mesurer à l’aune des fanfaronnades ministérielles ou municipales.
Bien sûr - et comme d’autres nous l’avons souligné - une plus grande convergence, une généralisation des luttes auraient sans doute permis d’obtenir d’autres résultats, mais pour autant tout est-il comptabilisable en nombre de jours de grève ou en pourcentage de part d’actionnariat privé dans le service public ? Dire cela n’est certainement pas pratiquer la méthode Coué et nier les reculs concédés à la SNCM ou le fait que Gaudin n’ait pas encore reculé sur son projet de privatisation, mais c’est pousser l’analyse plus avant.

Les cheminots auraient-ils obtenu - ce qui est une première pour cette entreprise - une renationalisation d’une filiale au bout d’un seul jour de grève s’il n’y avait eu le précédent et l’écho des luttes marseillaises ?
Port autonome, SNCM, RTM ces luttes n’ont elles pas permis - et ce n’est pas le moindre de leur acquis - de mettre sur le devant de la scène la question des services publics comme choix de société ?

Peut-on quantifier ce qu’ont obtenu les traminots, en 45 jours de grève, en qualité de débats avec la population, en prise de conscience de cette dernière sur les enjeux de cette lutte, en élévation du débat chez les salariés ? Les 325 000ââ€Å¡¬ récoltés pour le soutien à leur action ne relèvent pas que de la grève par procuration, mais de la manière qu’ont trouvé nombre de gens de s’associer à cette lutte qu’ils trouvaient légitime.

Au sortir de la grève des traminots, si vainqueur il y a, peut on dire que c’est Gaudin ? Rien n’est moins sûr. Ne lui en déplaise il est obligé de constater que, comme les marins avant eux, les traminots ont repris le travail la tête haute et toujours déterminés. Dans l’une et l’autre entreprise la lutte pour le service 100% public a pris une dimension nouvelle dans la tête des salarié-e-s : elle ne s’arrêtera pas. Pire le premier magistrat de la ville qui, pendant tout le conflit de la RTM, a tiré sur la seule CGT, s’aperçoit que le syndicat de la régie a réalisé à ce jour 44 adhésions depuis la reprise du travail !!! Tout le contraire de la résignation ou de l’amertume !

Dans la population le projet de la municipalité apparaît de plus en plus pour ce qu’il est et que nous dénoncions il y a près d’un an dans notre appel « Où va Marseille ? » distribué à des dizaines de milliers de marseillais :
« La sélection par l’argent des marseillais... privilégier les investisseurs mercantiles et les spéculateurs fonciers à la population marseillaise dans sa majorité... voilà le but... »
Nous évoquions déjà « les justes luttes pour l’emploi, les services publics, le logement, les transports, devenus les fers de lance de cette politique d’exclusion. »

Les luttes de cet automne ont permis d’enrichir notre réflexion et nos propositions, non seulement pour la ville mais au delà pour des choix de société qui restent à conquérir. Transports, énergie, santé, éducation, recherche, mais aussi production, transformation des matières premières, échanges internationaux, sont affaires trop sérieuses pour être confiées à des intérêts privés. Ils sont l’affaire de la nation et doivent être maîtrisés par elle comme le déclare si justement Evo Morales fraîchement et brillamment élu en Bolivie. Services publics et appropriation collective des moyens de production et d’échange sont indissociables, ils relèvent du même choix celui d’une société socialiste au sens historique du terme et non au sens galvaudé que des dirigeants se réclamant de la gauche ont donné à ce mot dans notre pays.

Ces luttes doivent non seulement se poursuivre - et nul doute que les salarié-e-s s’en chargeront - mais aussi trouver une expression politique pour pouvoir se prolonger et prendre plus de force. Cette expression politique a été singulièrement absente pendant ces conflits pour des raisons qu’il serait d’ailleurs significatif de creuser : combien de municipalités, dans ce département ou ailleurs, toutes tendances confondues, font appel à des délégations de services publics (et pas que pour les transports urbains), pendant que les salarié-e-s réclament eux une municipalisation garante d’équité et de gestion débarrassée de critères de profits ? Il n’y a qu’à lire pour s’en convaincre l’interview de Muriel Martin dans la rubrique Services publics.

Sur cette question d’un autre projet pour notre ville, notre région, notre pays, Rouges Vifs fera connaître dans les prochains jours de nouvelles initiatives. Sans attendre, parce que c’est non seulement une question de démocratie mais aussi donner plus de force à une lutte juste en y associant concrètement la population et en isolant Gaudin nous lançons une pétition pour exiger un référendum local sur la privatisation du tramway. Marseille qui compte 3 mairies de secteurs de gauche devrait pouvoir s’appuyer sur les élus de ces mairies là pour donner à cette exigence une force telle que Gaudin ne pourrait s’y dérober. Nous faisons le pari que la victoire des traminots serait alors totale.

Alors faîtes de la politique : signez et faîtes signer la pétition !



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