Patagonie terre apatride (I)

samedi 9 juillet 2011
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Comme l’an dernier Rouge midi vous emmène Sur les Chemins du Monde.
Rendez vous chaque samedi avec les terres sauvages d’Amérique du sud…

De décembre 2008 à février 2009 ils ont voyagé, sacs sur le dos et bien souvent à pied, en remontant l’Amérique du Sud depuis la Patagonie jusqu’à la Guyane en passant par l’Equateur. Des glaciers aux déserts, des volcans à la pampa, ils ont pendant 3 mois, trop courts à leur goût, exploré quelques facettes de ce sous continent aux multiples visages et paysages.
Ils en sont revenus des étoiles plein les yeux et des images plein la tête.
Ils, c’est un jeune couple, la vingtaine juste passée, ils racontent…

Après avoir quitté Buenos Aires la ville immense aux rues pouvant compter jusqu’à 16 voies (à traverser c’est sport mais ça va on est marseillais !) où l’on mange la meilleure viande du monde (vraiment sans pareil a faire retourner sa veste au plus fervent des végétariens-bio-équitables), on met le cap au Sud, vers la Péninsule de Valdes.

A Puerto Madrin nous avons eu la chance de voir les baleines :… indescriptible, peu de mots, peu de photos aussi nous avions l’impression de perdre ce moment à essayer de le figer…
Toujours plus au sud nous étions hier a El Calafate pour voir le Perito Moreno superbe et surtout impressionnant d’entendre le glacier craquer et gronder .

Perito Moreno

Et là nous arrivons à Puerto Natales au Chili, dernière étape avant le parc Torres del Paines .

Patagonie terre apatride ?

Ça y est nous y sommes ! Après 15h de vol nous avons fait trois jours de bus (semi-couchette s’ il vous plait) dans un univers semi désertique vers un horizon plat, unicolore et monotone : la Patagonie ! 3000 km de « pampa » et nous voilà maintenant ici, baignés de rêverie mélancolique.
Seul le vent nous rappelle que l’on est vivants et que le temps n’est pas vraiment suspendu.

Ici au bout du monde on trouve .... Tout le monde.
Français, israéliens, en tête, mais toutes les nationalités sont représentées. Pas de touristes, beaucoup de voyageurs : ici commencent ou finissent de longues routes de plusieurs mois voire de plusieurs années ça donne une ambiance particulière au camping et à l’auberge de jeunesse ça donne envie de ne pas rentrer...

Doucement on apprend à relativiser l’importance d’un travail, et d’une sécurité matérielle. Une vie tient dans un sac à dos de dix kilos, un appareil photo, et une connexion internet de temps en temps, tout au plus une tente en guise de chez soi…

Papa, aux secours !

Je profite que les porteurs dorment pour t’écrire en cachette car j’ai peur qu’ils me grondent, ils ne sont pas trop sympas avec moi. Pourtant tout avait bien commencé ils sont venus me chercher, dans le grenier tout noir où tu m’avais depuis trop longtemps laissé. J’étais assez content de partir en vadrouille, ils m’ont nettoyé puis bien rempli, puis trop rempli, je me trouvais un peu ballonné.

Ensuite ils m’ont laissé négligemment pendant 15h dans la soute d’un avion par -40 et même jusqu’à -60 degrés !! Heureusement je me suis fait des copains et des copines et on s’est tous réchauffés ensemble... puis ils m’ont balloté de soute de bus en soute de bus et là je me suis aperçu qu’un autre sac que j’avais déjà vu dans l’avion me suivait partout. Plus gros et avec une tente verte accrochée dessus il me faisait un peu peur. Je commençais à m’habituer à la chaleur de la plage et au confort des hôtels quand ils m’ont emmené plus au sud dans le froid et qu’ils ont commencé à me faire dormir dehors. J’ai été obligé de me coller au gros sac vert pour me réchauffer et me protéger de la pluie !

Puis ça a vraiment empiré ils m’ont rempli plus que de raison de nourriture bizarre qui ne sentait pas très bon, de fromages hollandais et de jambons qui me dégoulinaient dessus. Là on est partis voir des montagnes, trop belles ça m’a fait du bien au moral. Mais il s’est mis à pleuvoir et je crois qu’ils ont oublié d’emmener le jolie k-way que tu m’avais acheté…
Ils ont eu, au bout d’un moment pitié de moi et ils ont bricolé quelque chose avec des sacs poubelle et du scotch puis ils m’ont finalement mis un poncho. Ils se sont dits que tu devais t’inquiéter (ça j’en suis sûr, toi aussi tu me manques) alors ils ont pris une photo de moi au milieu des fleurs en me forçant à sourire car sinon ils me faisaient dormir dans la neige !!

Aussi papa viens vite me chercher car je crois que je vais craquer et qu’ils ne voudront pas me recoudre… Je crois savoir qu’ils passeront bientôt par Santiago où je sais qu’il y a des vols pour la France j’essayerai là-bas de m’échapper même si le voyage dans la soute me fait un peu peur. J’en ai parlé à mon copain le grand sac à dos vert, il me dit qu’il comprend ma douleur et que ça le choque de voir celle qui me porte me jeter aussi fort par terre quand elle en a plein le dos. Je ne te parle même pas des multiples branches qui m’ont griffé partout, ou des flaques de boue dans lesquelles elle me traine, ou encore des culottes et des chaussettes (soi-disant propres) qui me pendent partout !

Les autres sacs se moquent tout le temps de moi. Mon copain le sac vert dit qu’il va m’aider pour mon évasion car lui aussi il souffre mais il restera car il se veut fidèle à son maitre (le grand méchant barbu qui ne se lave pas tous les jours). Je te laisse maintenant j’ai peur qu’ils se réveillent puis en plus moi aussi j’ai besoin de sommeil. Dès que je peux je te recontacte mais surtout ne crois rien de ce qu’ils te racontent : ici c’est l’enfer des sacs à dos !!!



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