Y a bon banania !

mardi 20 juillet 2010
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Et voilà ! Le temps béni des colonies est revenu !
Pour la métropole la charge ennuyeuse des sujets et des infrastructures en moins, les barbelés aux portes de l’Europe en plus...et les richesses toujours à piller...

Le 14 juillet le (petit) empereur blanc avait donc décidé de faire défiler des armées africaines sur les Champs Elysées.
Et pourquoi pas tant qu’on y est la re-création d’un bataillon de tirailleurs algériens ou sénégalais pour aller défendre le droit d’ingérence en Afghanistan ? ça ferait moins désordre pour la France éternelle 115 morts [1] venus de si loin...

La presse africaine dans son ensemble ne s’y est pas trompée qui parle de france-à-fric et d’une dette de sang qui ne s’effacera jamais.

A titre d’exemple des extraits de deux articles transmis par Linsay

La France-à-fric défile sur les Champs-Elysées

Le clou du traditionnel défilé français : 13 contingents d’armées africaines battant le pavé des Champs Elysées ! Sarkozy se défend de refonder les relations de la France avec ses anciennes colonies.

Quel cynisme quand on observe la double dimension de sa politique vis à vis de l’Afrique : la prédation au niveau économique avec destructions de l’environnement, et une politique migratoire qui traite les Africains en boucs émissaires. Le président français, qui est devenu es qualité en matière de provocations sur le sujet sensible de la mémoire chez les peuples qui ont subi le joug colonial français, a voulu frapper fort pour le cinquantenaire des indépendances africaines. (...). Si Sarkozy a pensé tourner la page des polémiques sur le "rôle positif" de la décolonisation ou sur son discours controversé [tenu en juillet 2007] à Dakar, la capitale sénégalaise, sur "l’homme africain pas suffisamment entré dans l’histoire", c’est raté. Les populations africaines ne sont pas dupes. Et puis, des armées africaines remontant les Champs Elysées n’est pas du tout exempt d’arrière-pensées.

La société civile camerounaise qui en a dénoncé l’initiative a vu probablement plus juste. D’abord, Sarkozy n’a-t-il pas tourné le dos à sa promesse électorale de mettre au placard le système de la Françafrique, sitôt installé à l’Elysée ? Il s’était rapidement débarrassé d’un secrétaire d’État [Jean-Marie Bockel] qui l’avait pris au sérieux jusqu’à distribuer des mauvais points aux membres africains de la Françafrique. Et la cellule africaine de l’Elysée de reprendre sa place, taillée par Charles de Gaulle dans les années des indépendances africaines et affinée et couvée par Pompidou, Giscard d’Estaing, Mitterrand et Chirac. Sarkozy a donc repris le livre pour y inscrire son chapitre. Relations privilégiées avec les régimes au détriment des intérêts des populations africaines et de la démocratie, pillages des richesses nationales, dans le fond comme dans la forme, quitte à cultiver la nostalgie postcoloniale. (...)

Les oppositions des pouvoirs de ces pays n’ont pas manqué d’’interpeller la France pour son offre de faire parader le jour de sa fête nationale, accessoirement journée de "la liberté dans le pays des droits de l’homme", des troupes dont certaines se sont récemment illustrées dans des coups d’État, comme au Niger ou encore à Madagascar [Andry Rajoelina, le président de la Haute autorité de transition malgache, n’avait pas été convié aux festivités]. Embarras à l’Elysée où Sarkozy croit avoir trouvé la solution. Nous rendons hommage aux pays avec lesquels la France a une histoire commune, aux peuples qui ont combattu à ses côtés durant la Seconde Guerre mondiale, pas aux régimes politiques actuels [a-t-il été avancé]. Quant à la présence des 13 chefs d’État, elle aura été, a-t-on soufflé, conditionnée à la mise sur les rails d’un processus consensuel et démocratique dans leur pays (!). Mais en réalité, ces pays africains, anciennes colonies françaises, sont toujours en proie à la présence de groupes mafieux couverts par une France-à-fric toujours présente en Afrique à travers ses rouages bien établis et ses idéologues, Guéant, Bourgi et tout le staff de la cellule élyséenne françafrique.

Au-delà de la Françafrique, Sarkozy, en faisant défiler des armées africaines devant son armée, se place dans la perspective de sa double présidence du G20 et du G8 fin 2010, qu’il souhaite mettre à profit pour redorer son blason politique après les débâcles qu’il a subies chez lui. Il a besoin de l’Afrique, qui représente 25% des pays membres de l’ONU. À son sommet France-Afrique tenu à Nice en juin, le président français n’avait pas lésiné sur les promesses, les engagements et les petites phrases pour flatter les dirigeants du continent africain, répétant qu’il allait "faire une place à l’Afrique" dans les enceintes internationales, notamment au Conseil de sécurité de l’ONU. La Côte d’Ivoire manque au tableau de chasse de Sarkozy [2]. Ce pays lave l’honneur des ex-colonies, d’autant qu’il a été l’enfant chéri de la Françafrique. Une absence qui illustre néanmoins l’érosion de la position française dans son précarré africain.

Par Djamel Bouatta dans Liberté (Algérie) le 15/07/2010

La dette de sang ne s’effacera jamais

Décidément, ce 14 juillet 2010 restera gravé dans bien des mémoires en Afrique. (...) C’est à ces lointains héritiers des tirailleurs sénégalais qu’est revenu l’honneur d’ouvrir le défilé militaire. Une première. Une marque d’estime, s’il en est, quoique diversement appréciée sur le continent noir, que l’ancienne métropole a bien voulu exprimer à l’endroit de ses ex-colonies pour le cinquantenaire de leurs indépendances. Cerise sur le gâteau de ce 50e anniversaire de l’accession des “indigènes” à la souveraineté : la promesse de “décristallisation” de la pension des anciens combattants.

“C’est pour témoigner de notre reconnaissance indéfectible envers les anciens combattants originaires de vos pays que nous souhaitons les voir bénéficier désormais des mêmes prestations de retraite que leurs frères d’armes français. Il y a des dettes qui ne s’éteignent jamais. Il était temps de le reconnaître.” Parole du grand chef blanc, Nicolas Sarkozy, lors du dîner offert, mardi 13 juillet, à ses treize commensaux. Comme gage de sa “sincérité”, l’hôte élyséen a annoncé qu’un projet de loi serait déposé devant le Parlement “à la rentrée prochaine”.

Mieux vaut tard que jamais, même si promesse de grand n’est pas héritage. On se rappelle en effet qu’en novembre 2006, sous le règne de Chirac “l’Africain”, la même Assemblée nationale avait entériné le relèvement des pensions sans que cela ne soit, jusque-là, suivi d’effet. Combien seront-ils à bénéficier de cette aménité présidentielle ? Quelque 30 000 personnes, soit 10 000 anciens soldats ayant servi sous le drapeau français et 20 000 veuves de “chair à canon”. Insignifiant. Oui, insignifiant, au regard du nombre de tous ces conscrits coloniaux morts, parfois dans le dénuement total, sous l’empire de cette loi aussi scélérate que raciste de 1959, portant gel des pensions des vétérans des ex-colonies françaises d’Afrique et d’Asie [3].

Certes, la mesure, si elle venait à être appliquée, pèsera sur le budget hexagonal qui n’est pas, en ces temps de crise, au mieux de sa splendeur. Mais la meilleure façon de faire amende honorable sur cette iniquité dont ont été victimes ces oubliés de la victoire sur le nazisme, c’est de faire rétroagir la future loi sur le dégel des pensions de retraite. Au moins ça pour éteindre la dette financière.

Quant à la dette de sang, elle, elle ne s’éteindra jamais. Jamais !

Alain Saint Robespierre dans L’observateur Paalga (Burkina Faso) le 16 07 2010


[1chiffre connu à ce jour du nombre de soldats français morts en Afghanistan

[2Laurent Gabgbo, qui a décliné l’invitation, était représenté par son ministre de la Défense. Les troupes ivoiriennes n’ont pas défilé sur les Champs-Elysées

[3loi des finances dite “de cristallisation”, votée le 26 novembre 1959



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