Un procès extraordinaire...

mardi 20 février 2007
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C’est en tous cas ainsi que l’a qualifié la présidente du T.I de Marseille, celui d’une famille expulsée de La Renaude à qui le comité chômeurs CGT a rendu justice en occupant un appartement libre de la cité. Il faut dire que deux heures avant l’audience se sont succédés au micro de la sono installée devant le palais des mal logés et délogés de toute sorte qui ont crié leur colère...
Ci après le compte rendu que La Marseillaise en a fait sous la plume de Myriam Guillaume.

- Rappel : Dans le quartier de Saint Jérôme (13e ardt), à La Renaude, les locataires des villas Hérodote ont installé, au fil des années, à leurs frais, le carrelage, le chauffage, l’eau chaude et les portes d’entrée hermétiques,. Les maisons leur avaient été livrées en terre battue dans les années 60. Aujourd’hui, ces familles paient, en plus de leurs 500 euros de loyer, des charges de 100 euros mensuels pour une hygiène et une maintenance qui ne sont qu’exceptionnellement assurées. C’est ici qu’Adélaïde Navarro et ses six enfants vivaient, hébergés chez son Beau-père, José Rodriguez, puisque la jeune maman n’avait pu obtenir de réponse à sa demande de logement. Pas plus que les quelque 23 000 autres Marseillais sur liste d’attente des bailleurs sociaux.

- Elle est aujourd’hui traduite en justice par HMP pour avoir squatté une maison vide de la cité après que son beau-père ait été expulsé. Comme 4 autres familles. Des gitans dont les conditions de vie n’intéressaient personne, jusqu’à ce que le foncier se fasse rare. Des murs se sont édifiés tout autour de la cité, qui voit son territoire réduire comme une peau de chagrin au fur et à mesure des constructions de standing de Bouygues et Kaufman & Broad. Ces gitans font aujourd’hui tâche dans un secteur plutôt bien côté. Et depuis août 2005 les expulsions locatives pour impayés de loyers, atteignant parfois moins de 300 euros, s’enchaînent.

- Ainsi les familles Maldonnado, Santiago, Sargéro Ribas et Navarro-Rodriguez ont-elles vu leurs maisons vidées et « dévitalisées » avec une telle fureur que pas un mur interne n’a subsisté. Elles ont vécu tout un été au milieu des rats, dans des garages, des caravanes ou ont dormi à la belle étoile. Avant de se résoudre au squat en ce début d’hiver puisqu’aucune proposition de relogement ne leur a été faite, ni pas le bailleur, ni par aucune autre institution. L’alerte avait pourtant largement été donnée par le Comité chômeurs CGT et la CSF. Le préfet avait assuré « aucune expulsion sans relogement » et la Ville « on ne laissera jamais un enfant à la rue ». Voilà ce que, jugé le fond, le procès d’Adélaïde pourrait faire apparaître.

Un réquisitoire en messes basses

- Jeudi, 14 heures, les portes du tribunal de grande instance de Marseille s’ouvrent sur une foule inhabituelle : la frêle silhouette d’Adélaîde Navarro est suivie d’un groupe d’une cinquantaine de personnes venues en soutien. La sécurité gère les entrées au compte goutte mais laisse passer. La séance commence salle archi comble et Madame Gaudin, la juge, remarque : « vu l’intérêt que semble susciter l’affaire HMP/Navarro, l’audience se fera dans la salle 2 ».

- Enfin installé, l’auditoire impatient de savoir à quelle sauce sera consommé le jugement, n’en revient pas. Pas plus que Maître Elisabeth Sanguinetti, avocate de la défense. Droit à la barre entre les allégories Eloquence et Vérité, c’est précisément d’éloquence que Maître Henri Labi, l’avocat d’HMP, a manqué. Inaudible, s’adressant à la juge uniquement au creux de l’oreille et refusant malgré la demande express de Maître Sanguinetti de parler au micro. Interrogé plus tard par nos soins, il donne une explication : « c’est toujours comme ça que ça se passe » et les éléments de son argumentation : « HMP reproche à Adelaïde Navarro d’être occupante sans droit ni titre d’un logement et d’avoir cassé les portes et les fenêtres pour y entrer sans droit ni titre avec violence ». Adélaïde s’en défend : « ce n’est pas moi mais le comité chômeurs qui a ouvert l’appartement ». Et question casseurs, quand le comité chômeurs intervient c’est pour rendre un logement habitable, quand HMP envoie des dévitaliseurs, c’est pour transformer un intérieur en tas de gravats.

- Pour Maître Labi le problème se pose en d’autres termes : s’il admet que « cette dame est probablement dans la peine et elle a raison de dire qu’il y a pénurie de logements sociaux », il n’empêche qu’il avancera l’argumentation classique « On ne peut néanmoins se rendre justice à soi-même. La villa squattée devait être attribuée le 16 janvier, par une commission sur un principe démocratique, à une famille avec enfants. Aujourd’hui, ils attendent ». Mais si le logement devait si vite être réattribué, pourquoi avoir fait desseller douche et WC, ainsi rendus inutilisables juste après le départ des précédents locataires ?

- Dans ce genre de dossiers, il y a toujours des ententes à trouver avec les organismes sociaux. « On se met autour de la table avec un magistrat et on cherche une solution. D’autant qu’Adélaïde Navarro touche 1600 euros d’allocations ». Ce ne sera pas le cas cette fois-ci. Maître Labi se plaint de la violence des accusés et d’avoir été menacé par téléphone quand Maître Sanguinetti lui oppose une demande de jugement sur le fond. « Vous n’êtes pas autorisé à nous dire que nous sommes sans foi ni loi ». Et de compléter avec des éléments de nature à modifier le débat : « si cette femme est dehors, c’est parce qu’elle était hébergée chez son beau-père dans la même cite. Que vous avez expulsé Monsieur Rodriguez et vous ne produisez qu’un constat d’huissier où il n’y a que peu d’informations. Il y a quelque chose qui ne va pas ».

- Jusque là rien n’indique que monsieur Rodriguez ait été expulsé sur décision de justice. Selon les principaux témoins, des agents d’HMP s’en sont chargés. Et le bailleur a beau expliquer qu’il a quitté l’appartement volontairement en signant une lettre d’attestation. Beau-papa conteste. D’ailleurs, il est analphabète.

- Porter le dossier sur le fond, c’est prendre le risque de mettre en lien l’affaire Rodriguez et Navarro. Pire, de faire apparaître la manière dont HMP gère ses locataires. La juge rend sa conclusion : « décision reportée au 1er mars ».

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