Frontière (III)

samedi 23 juillet 2011
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Comme l’an dernier Rouge midi vous emmène Sur les Chemins du Monde. Rendez vous chaque samedi avec les terres sauvages d’Amérique du sud…

Deux pays un seul peuple, les hommes des montagnes et du vent...

Petite fiesta règlementaire

Sortie du parc puis bus, camping, passage de frontière, bus, camping. Beaucoup de logistique avant de retrouver : douche, repos, viande, fruits et légumes. De retour à El Calafate on célèbre, avec une rencontre faite sur le chemin, la fin du lyophilisé par un énorme barbecue assorti de salade et autres crudités, un régal.

Il faut savoir qu’ici le kilo de bœuf premier choix coûte moins cher que la pire boite de thon ou même que six tomates… je vous raconte pas la ventrée que l’on s’est faite ! Le tout évidemment arrosé de 3 bouteilles de vin d’un cépage, le malbec, que l’on ne trouve pas en . Heureusement que quelque argentins des tentes voisines nous ont aidé à finir ce doux breuvage, en échange de pizza cuites au feu de bois, dans un wok !!(Si si c’est possible) Je vous laisse imaginer le réveil difficile le lendemain pour aller prendre un bus vers de nouvelles montagnes dans le parc de los glaciaires.

El Chaten avec beaucoup de retard...

Nous voilà donc rendus à El Chaten le « paradis de la randonnée » une des Mecque de l’alpinisme avec comme fleuron le fits-roy. Ici malgré une forte présence touristique et des prix assez prohibitifs, on ne pratique pas le racket systématique habituel des parcs nationaux alentours, (Perito Moreno ou Torres Del Paines). Le massif est assez particulier très petit et très vallonné.
C’est un petit bout de caillou au milieu de déserts labourés par d’énormes glaciers millénaires.
Des lacs immenses, turquoises et... glaciaux, des vallées à fond plat où les rivières en perdent le nord : nous en avons vu une se séparer en deux et partir dans deux directions différentes ou d’autres hésiter longtemps dans de sinueux méandres avant de faire demi-tour !

Même le soleil ne sait plus ce qu’il fait ! Il traverse le ciel de droite à gauche prend son zénith au nord bref l’hémisphère sud ne tourne pas rond. Le vent patagon toujours omniprésent s’ajoute à l’ambiance et fait rentrer chez eux les randonneurs les plus frileux.

Ce magnifique massif culminant à 3300 m est malheureusement sur la fin de sa vie. Il est doucement grignoté par le « Campo Hielo Sur » un immense glacier représentant à lui seul la seconde réserve d’eau potable du monde après l’Antarctique !! Et pourtant ici le climat est aride et les quantités phénoménales d’eau qui s’écoulent dans les milliers de torrents ne sont que la fonte de ces glaciers d’une autre époque. Nous posons nos sacs pour quelques jours les possibilités de rando sont infinies et toujours en étoile, car très peu de cols sont franchissables sans passer en mode crampons, piolets, cordes, aussi le sac léger nous profitons des promenades.

Au bout de quelques jours, nouvelle problématique : passer au Chili à pied pour rejoindre le bout de la route australe quelque 80km plus au nord. En théorie et en détails, ça donne un bus (super cher) qui mène à une impasse de 37 km puis un bateau (super cher) qui traverse 12km de lac puis 20 km de chemin / piste/ forêt vierge ,(les info, même des très aimables gendarmes argentins ne sont pas fiables : ils ne vont, de fait, jamais de l’autre coté de la frontière) enfin de nouveau 5h de bateau pour arriver au Chili.

Le second bateau est inévitable mais ne passe qu’une fois par semaine, il s’agit de ne pas le rater, ou d’apprendre très vite à chasser et pécher (pour le péché on s’entraine déjà un peu). Donc on se charge pour six jours de bouffe (aïe ça fait mal !). nous snobons le premier bus, et nous faisons du stop sur une piste où ne passe jamais de voiture. Après deux heures de marche et 12km en remontant une vallée magnifique, enfin un gros 4x4 de touriste nous récupère et nous dépose au bord du Lago Del desierto magnifique lac de montagne entouré de forêts et de glaciers.

Ici au bout de la route il n’y a rien, une petite gendarmerie pour surveiller la pêche et un petit port !! Oui ! oui un port avec son petit ponton et sa plage attenante, surréaliste... notre petite aventure commence vraiment là, délaissant le bateau, nous nous engageons sur un sentier peu marqué qui plonge dans la forêt et contourne le lac. Nous rencontrons sur le chemin toute une foule de personnages étranges.

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5h plus tard on atteint la rive nord.
Un lieu paradisiaque, une petite maison en lisière de forêt, au pied de montagnes enneigées surplombe une crique de sable fin au bord de ce lac émeraude. Un tout petit ponton invite à la baignade.
Autour sur les pelouses paissent paisiblement quelques chevaux, poules et autre oies : époustouflant !

La petite maison se révèle être en fait une gendarmerie…Enfin elle n’en a que le nom. Les gendarmes nous proposent leur cuisine, pour se faire à manger, leur pelouse, pour camper, leur lit, leur couverture, si la tempête venait à se lever. Ces gendarmes-là ont depuis longtemps déposé les armes. Ici ils ont tout : une mini-turbine leur fournit le courant, les forêts leur fournissent le bois pour le chauffage, les montagnes et les tempêtes sur le lac leur donne du spectacle. De temps en temps quelque voyageur un peu fou leur raconte . Ici on parle de montagne, de tempête, de glacier, de voyage, et de rencontre, en buvant du maté. Mais jamais au grand jamais on ne parle de papier ou de frontière à passer, le registre de douane sert à allumer le poêle. On s’endort là, hésitant vraiment à passer l’uniforme, pour garder les montagnes, balader à cheval, et voir passer .

Ce lieu, plus que tant d’autres, restera gravé, comme le dernier refuge où l’on viendra se cacher, si ce monde, un de ces jours, perd son humanité.

Passage de frontière

Ce matin un peu de stress ! (ca nous manquait) lever 6h au lieu de 5h prévu ! Petit retard pour attraper un bateau qui ne passe qu’une fois par semaine. Donc réveil en fanfare, et en moins d’une demi-heure on a déjeuné, fait la vaisselle, rangé salon, cuisine, et chambre, et salle de bain, emballé toute notre maison, un record de déménagement. Nous voilà partis au pas de course sous un ciel plus que menaçant.

Deux heures plus tard la frontière.
Pas un chat juste quelques gouttes de pluie et un panneau bien prétentieux qui ne trompe personne, ces ligne imaginaires qui défigurent notre terre perdent dans ces endroits toute leur signification. De là nous devons faire une longue descente de 18km. Nous les avalons, en maronnant sur la fin. C’est plutôt monotone. Comme pour nous répondre le sort nous joue un tour il nous enlève un pont ! Une grosse rivière, un petit peu en colère, à emporté le pont où passaient naguère les camions militaires. Nous voilà donc ramassant troncs cailloux et restes du pont pour essayer de passer sans prendre un bain forcé. _ On imagine un peu la galère des cyclistes derrière...

On prend un peu plus tard le repas de midi sous la pluie, mais sous un soleil brûlant et évidemment par 90 km/h de vent : la météo patagonne a de drôles d’humeurs !

Enfin nous arrivons au but avec deux heures d’avance : Mancilla, pueblo chilien de 5 habitants, plus 5 carabiniers pour la douane. D’ordinaire intransigeants quant à l’importation de nourriture, les douaniers nous parlent de la météo ou de la vie du lac sans vraiment fouiller nos sacs remplis de fromages et de jambon rigoureusement interdits. On est des trafiquants internationaux de saucisson.
Le capitaine du bateau nous interroge sur les autres passagers que nous aurions pu rencontrer. En fait il n’a pas d’horaire. Il part quand tout le monde est là... nous passons donc deux heures sur la plage à bronzer sous la pluie...

Une fois en mer une autre aventure commence, ces montagnards marins nous parlent un peu du lieu. Ici la navigation s’arrête quand le vent atteint les 120 km/h les vagues font alors des creux de quatre mètres ! Faut pas trop rigoler, dans le brouillard, au milieu des icebergs, en pleine tempête de neige on a vite fait de finir par 800m de fond dans une eau à 2 degrés, le capitaine de la navette du Frioul [1] peut aller se rhabiller !

En rentrant dans une crique la tempête se calme et un peu à l’abri, nous débarquons sous une pluie battante.

Coup de chance ce soir c’est la fête au village c’est l’asado gratuit et vin à volonté. On a droit à douze agneaux grillés, des bassines de salade et autre crudité, les gens de ce pays si rude et si paumé, savent ce que c’est que l’hospitalité. Nous voilà donc repus, ivres et fatigués. Une douche bien chaude et on part se coucher.

Au camping nous sommes seuls. Du coup nous avons droit à une petite cabane toute équipée, une cuisinière a gaz, un poêle a bois, un évier, une table, des chaises, un canapé, des assiettes, des casseroles. En somme des choses un peu étranges doucement oubliées. À tel point que c’est un plaisir sans cesse renouvelé que de faire la vaisselle et de passer le balai... Accueillis à la ferme nous sommes un peu envahis, par les poules, par les oies, par les chiens et les chats, tous vivant en bonne entente. Après quelques galères linguistiques le couple de chiliens nous comprend enfin et nous fournit patates viande et autres condiments. Il nous montre et nous explique comment faire cuire ce bœuf qui il n’y a pas si longtemps courait tranquillement dans des immenses champs.

Au matin c’est Byzance on a droit aux tartines beurrées au miel au thé et même au pain grillé, tout ça assis à table et au chaud près du poêle nous hésitons encore à y retourner...


[1île au large de Marseille desservie par des navettes régulières NDR



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