Les erreurs françaises révélées par la crise

jeudi 2 octobre 2008
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En plus de toutes les turbulences qu’elles charrient, les crises ont souvent une autre conséquence : elles font l’effet d’une loupe. D’un seul coup, on y lit ce que l’on ne distinguait pas auparavant, ou qui n’était qu’à peine perceptible.
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C’est l’effet inattendu de la violente crise financière qui, partie des Etats-Unis, a bouleversé la planète et atteint violemment la France : comme au travers de verres grossissants, on y discerne les erreurs majeures de politique économique commises par Nicolas Sarkozy et par bien d’autres majorités passées, de droite comme de gauche.

De la récession ajoutée à de la récession

C’est l’effet de zoom le plus cruel et le plus immédiat, celui aussi qui a alimenté la controverse la plus immédiate : Nicolas Sarkozy a conduit depuis son élection une politique économique gravement inadaptée. Prise dès juillet 2007, la loi improprement appelée pour le travail, l’emploi et le pouvoir d’achat (TEPA) en est l’illustration la plus caricaturale. D’abord parce qu’elle pèse sur les finances publiques à hauteur de plus de 14 milliards d’euros et qu’elle a donc entièrement consommé toutes les maigres marges de manœuvres dont la France aurait bien besoin aujourd’hui ; ensuite, parce qu’elle a mobilisé ces financements considérables non pas pour soutenir l’activité mais dans le but premier d’offrir de gigantesques cadeaux aux contribuables les plus fortunés, au travers de la quasi-suppression des droits de succession, de l’allègement de l’impôt sur la fortune, et du durcissement du bouclier fiscal ; enfin parce que son utilité économique est sans doute quasi nulle, comme le suggèrent les nombreuses études établissant les effets d’aubaine générés par le nouveau dispositif sur les heures supplémentaires.

Dans le même temps, le gouvernement a refusé obstinément de prendre quelque mesure que ce soit, autre que symbolique, pour soutenir un pouvoir d’achat de plus en plus défaillant. Ni coup de pouce en faveur du salaire minimum ; ni revalorisation des salaires publics ; ni dispositif nouveau pour tenter d’amortir pour le consommateur l’impact du choc pétrolier : la rigueur a été la règle.
Dans Les Echos, François Fillon, ce mercredi 1er octobre, fait même l’aveu que l’opportunité d’une politique de relance n’a pas été discutée au sein de l’exécutif : « Ce débat n’a pas eu lieu », dit-il. Ce qui laisse pour le moins perplexe.

La crise financière vient donc mettre en évidence l’imprévoyance de la politique économique. La France est menacée par une récession, dont l’un des moteurs est le recul de la consommation, lui-même alimenté par le recul du pouvoir d’achat – ce qui n’empêche pas le gouvernement de conduire une politique restrictive. Dans le même temps, la récession qui avance justifierait que le gouvernement laisse jouer les « stabilisateurs économiques » pour relancer l’activité ; mais comme il a épuisé toutes ses marges de manœuvre l’an passé, et que les déficits publics sont au taquet par rapport aux règles admises par le pacte européen de stabilité, il est contraint de préparer, au pire moment, un projet de loi de finances pour 2009 qui est récessif. En clair, sur tous les fronts, celui du pouvoir d’achat comme sur celui des finances publiques, le gouvernement ajoute de la récession à la récession. Il conduit, comme disent les experts, une politique économique pro-cyclique, alors que, pour amortir le choc de la récession, une politique contra-cyclique serait souhaitable.

Mais si ce constat est vrai, il faut évidemment l’élargir : la gauche, à la fin des années 1990, a-t-elle mis suffisamment à profit la période de très forte croissance dont elle a profité ? La droite lui a souvent fait le grief de ne pas avoir eu cette sagesse.

Laurent Mauduit pour Mediapart.fr




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jeudi 2 octobre 2008 à 15h53 - par  BENBARA Abdallah

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