Franc CFA : une annonce en trompe-l’œil sous la pression des peuples.

vendredi 27 décembre 2019
par  ANC
popularité : 4%

Les lecteurs des sites de l’ANC le savent bien : depuis des années, au côté des peuples africains nous dénonçons le Franc CFA (voir entre autres notre brochure) cette monnaie coloniale outil de « servitude monétaire » comme le dénonce entre Kako Nubukpo ancien ministres des finances du Togo.

En Afrique d’abord, mais aussi en France, ces dernières années, la protestation n’a cessé de monter contre ce vestige de l’empire colonial qui continue à maintenir sous la coupe de la France 14 pays africains et même 15 si on y ajoute les Comores où le franc comorien fonctionne selon les mêmes règles.

Manifestations en Afrique, décisions annoncées de gouvernements africains de vouloir sortir de cette monnaie, initiatives multiples en France : le gouvernement a eu beau multiplier les mises en garde, prédire des catastrophes pour des pays tentés de connaître une nouvelle indépendance 50 après l’officielle, on a eu beau faire parler à maintes reprises Alassane Ouattara ce valet de l’occident qui ne doit d’être président qu’à la grâce d’un coup d’état perpétré par la France et les USA, rien n’y a fait. Le Franc CFA ne passe plus et parait aux yeux d’un nombre grandissant de gens de la « vraie communauté internationale » comme un archaïsme insupportable dont les pays africains doivent se libérer.

Après avoir paré cette survivance impérialiste de toutes les vertus (« La zone franc est un espace de stabilité et de prospérité...Elle permet à tous les États membres de travailler ensemble, d’être solidaires, de faire converger davantage les économies… Être ensemble, ça protège ! C’est vrai pour les États de la zone franc et c’est vrai pour les États de la zone euro » Bruno Lemaire), le gouvernement a dû changer son fusil d’épaule et annoncer en grandes pompes, un apparent revirement complet avec l’abandon du Franc CFA, au côté, comble du comble, de l’ineffable Ouattara, celui-là même qui a toujours « soutenu mordicus » (sommet d’Abidjan 10 avril 2017) cette monnaie et déclarait encore en février dans une interview ubuesque sur les marches de l’Elysée qu’en Afrique on était « très très, très heureux de cette monnaie », qu’elle était « solide », avait permis « la réduction de la pauvreté »

Alors principe de réalité ou plus sûrement abandon apparent d’une position devenue intenable ? Ecoutons ce qu’en dit Nathalie Yamb opposante connue de longue date au Franc CFA
« A la lecture du communiqué final du 56e sommet, on constate un cinglant démenti après la comédie d’Abidjan : La Cedeao ne se laisse pas berner et refuse que la dénomination « eco » soit kidnappée par le duo Macron-Ouattara au nom de la zone Uemoa. Pour l’instant, comme je le disais avant l’arrivée de Macron à Babi : le franc cfa reste le franc cfa. A l’instar de la ministre des finances nigeriane, je suis convaincue que l’eco ne verra pas le jour en 2020. On a pris un vélo blanc, on l’a repeint en bleu en l’appelant bicyclette, pensant calmer les aspirations profondes au changement des populations de la zone. Le tour de passe-passe a échoué, rien n’a vraiment bougé.
Nous n’accepterons jamais que 4 zigotos comme Macron, Lemaire, Ouattara et Wadagni décident quoi que ce soit sur cette question de souveraineté sans consulter les peuples concernés. Le cirque d’Abidjan nous a cependant prouvé quelque chose : l’hydre est touchée. Nos coups de boutoir et nos piqures font mal. David est en train de faire tomber Goliath. Les petites abeilles rendent fous le roi de la France-à-fric et sa cour. »

En Afrique d’autres voix parlent dans le même sens :
Lamine Diallo membre du collectif Front anti CFA Mali estime que "Ce que Ouattara dit c’est juste déshabiller Paul du boubou et lui mettre une autre veste".
Même Lionel Zinsou, ancien président du Bénin et chantre de la Françafrique a été obligé de déclarer, cette « réforme sera simple, il s’agit juste d’un changement de billet. »
Au-delà des manœuvres sur le changement de nom, cette annonce montre que « nos coups de boutoir font mal ».

Raison de plus pour ne pas lâcher dans ce combat qui pourrait signifier un grand virage pour l’Afrique s’il s’accompagne d’autres politiques visant à la souveraineté pleine et entière des peuples d’Afrique.

Au fond on pourrait procéder par analogie et se dire qu’il en est du Franc CFA et de son abandon comme pour l’euro : c’est une condition nécessaire mais non suffisante pour que les peuples d’Afrique retrouvent leur souveraineté et un système juste. Nous avons bien en tête que la monnaie CFA n’est pas la cause première de la domination économique occidentale en Afrique, mais elle en est l’expression.

- Il ne s’agit donc pas d’en rester à la seule question monétaire mais de poser la question de la gestion par et pour les peuples des immenses ressources africaines. Ce qui pose à la fois la question de l’expropriation des multinationales en particulier françaises et de la mise en place d’autres règles échanges internationaux ce que pointait en son temps Thomas Sankara. De ce point de vue ce qu’avait fait en 2006 Chavez avec le Mali dans l’échange pétrole contre coton en s’affranchissant du dollar peut servir d’exemple pour aujourd’hui. De même dans ce pays les renationalisations de 2005 de l’électricité et des réseaux d’eau montrent qu’il n’est pas nécessaire de saigner le budget public pour prendre possession d’une entreprise comme Bouygues qui pesait alors 20 fois le budget de l’état !

- Il est important que s’amplifie, en particulier en France le soutien à la lutte des peuples d’Afrique au premier rang desquels se trouve la jeunesse, pour la souveraineté monétaire. Il ne s’agit pas de laisser les forces réactionnaires bâtir un libre-échange africain avec une monnaie unique à l’instar de ce que font les états de l’Union Européenne avec l’euro. Ce serait un nouveau carcan surtout s’il est aligné comme le proposent Macron et son valet à l’euro.

- Il s’agit au contraire que les forces attachées à la solidarité internationaliste, soutiennent le combat des africains pour une monnaie commune, respectueuse des différentes économies, un peu à l’image de ce que font des états d’Amérique du sud avec l’ALBA et la monnaie commune SUCRE. Une construction à l’exact opposé des constructions capitalistes nord-américaine ou européenne ? Une construction qui tienne compte des histoires et des richesses nationales de chaque pays, comme le préconisait Samir Amin en 1969, il y a déjà 50 ans !

Une monnaie africaine commune au service d’une production de richesses mises en commun internationalement, c’est un pas vers le communisme non ?



Commentaires

Agenda

<<

2020

 

<<

Avril

 

Aujourd’hui

LuMaMeJeVeSaDi
303112345
6789101112
13141516171819
20212223242526
27282930123
Aucun évènement à venir les 6 prochains mois

Sites favoris


20 sites référencés dans ce secteur