Accueil > Rubriques du site > La fermeture d’Abou Ghraib, une goutte d’eau dans le système carcéral
La fermeture d’Abou Ghraib, une goutte d’eau dans le système carcéral
samedi 11 mars 2006
La sinistre prison irakienne d’Abou Ghraib devrait prochainement être fermée mais resteront en détention une vingtaine de milliers de prisonniers à travers le pays.
Une situation qu’Amnesty international qualifie d’arbitraire et de propice aux abus.
Près de 4.500 détenus vont être transférés de cette prison située à l’ouest de Bagdad vers d’autres centres en cours de construction, a affirmé l’armée américaine.
Les prisonniers seront transférés à Camp Cropper, près de l’aéroport, où se trouvent 127 détenus "VIP" comme Saddam Hussein et ses lieutenants.
Deux nouvelles prisons sont en cours de construction : l’une à Khan Bani Saad, à 20 km à l’ouest de Bagdad, et l’autre à Nassiriyah, à 375 km au sud de la capitale, avec une capacité totale de 6.500 à 7.500 places.
En outre, 8.607 personnes sont détenues à Camp Bucca et 1.318 à Fort Suse, dans le Kurdistan irakien.
Mais l’organisation des droits de l’Homme Amnesty International estime que ce transfert n’est que "du rafistolage".
"Le changement de lieu cache le problème essentiel : l’incapacité de protéger les détenus de l’arbitraire et de la détention indéfinie", a affirmé dans un communiqué William F. Schulz, directeur d’Amnesty International aux Etats-Unis.
Environ 29.500 détenus ont vu leur dossier examiné par une commission conjointe américano-irakienne depuis août 2004 et plus de 15.300 ont été libérés, selon les forces américaines.
Mais beaucoup croupissent en prison sans procès, sans savoir ce qu’on leur reproche et sans "avoir l’opportunité de se défendre", estime Amnesty .
De triste mémoire sous Saddam Hussein, où 4.000 détenus y furent exécutés, Abou Ghraib avait été rebaptisée par les Etats-Unis "Centre correctionnel de Bagdad" après la chute du régime baassiste en avril 2003.
En 2004, cette prison est devenue pour nombre d’Irakiens le symbole honni de l’occupation américaine après les révélations de sévices infligés aux prisonniers par des soldats américains.
Abou Ghraib sera remis au gouvernement irakien, une fois le transfert effectué, a indiqué l’armée américaine.
Le département d’Etat, dans son rapport sur les droits de l’Homme, a estimé que les autorités irakiennes détenaient près de 10.000 personnes dans leurs prisons fin 2005 et la majorité dans des complexes dépendant du ministère de la Défense.
Amnesty International, dans son rapport sur la détention et la torture, a affirmé que "des détenus étaient retenus depuis plus de deux ans sans recours, d’autres ont été relâchés sans explication ni excuses après des mois de prisons, victimes de l’arbitraire et des abus".
Le Comité international de la Croix-Rouge (CICR) a reconnu pour sa part n’avoir pu depuis un an effectuer des visites à Abou Ghraib, pour des "raisons sécuritaires".
Linsay avec AFP
Rouge Midi