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100 000 hommes et un canard
samedi 4 mars 2006
Tout a commencé par la mort d’un canard sauvage, dont le nom m’échappe.
L’animal a réussi son coup.
En quelques heures, il occupait tous les médias.
Il ne pouvait mieux choisir son point de chute. La Bresse, pensez !
La grippe aviaire de s’abattre sur le sanctuaire de nos poulardes, contaminant, au passage, un élevage d’escalopes de dindes.
Quelques mois plus tôt, le 10 novembre, exactement, Gélita Hoareau, sénatrice de la Réunion, alertait le ministre de la Santé au sujet d’un autre fléau, le chikungunya.
Rien de grave : les moustiques porteurs de ce virus s’en sortent plutôt bien, ils volent toujours et contaminent les humains.
A la première alerte, le gouvernement français a consenti un effort considérable. Il a débloqué 52000€.
Belle preuve d’attachement à l’ancienne île Bourbon, rebaptisée Réunion pour mieux marquer les liens qui l’attachent à la France.
On lui a donné de quoi vaporiser un peu d’insecticide, ce qui n’a pas manqué d’inquiéter certains écologistes. Au moment précis de la chute du célèbre canard dans un étang de la Bresse, plus de 100 000 habitants de la Réunion avaient présenté les symptômes du chikungunya.
Un canard apportant la malédiction aviaire à nos plus belles volailles, cela valait tous les titres de la presse.
Les 77 humains décédés outre-mer ne méritaient pas cet honneur.
La Réunion c’est pourtant la France.
Finalement le premier ministre a fait le voyage, on l’a vu au chevet des malades.
PENDANT VINGT-QUATRE HEURES, le chikungunya a pris le pas sur la grippe aviaire. Villepin était sur place, on semblait admettre que la plus grande catastrophe sanitaire n’était pas celle qui nous menace, en cas de mutation du virus de la grippe aviaire, mais celle qui touche déjà plusieurs dizaines de milliers de nos compatriotes de La Réunion.
Là-dessus,un matou allemand chope la grippe aviaire. Il est fritz, le chat ! On peut se passer de poulet, et même, sans trop de regrets, de découpe de dinde, il n’est pas nécessaire de nourrir les pigeons dans les squares au risque d’exposer les bambins à des bombardements de fiente, dans les bacs à sable, mais... que ferait-on sans nos petits chats !
Les malades, les morts de la Réunion ? Montand chantait : " Je n’en parlerai pas, je parlerai seulement du chat de la voisine, qui fait miaou, ronron, sur son gros édredon !"
Ah, la voisine, Angela Merkel, qui laisse son chat boulotter du cygne sauvage !
Un seul chat malade et plus de 100 000 citoyens français de la Réunion se voient relégués en dernière page.
LA GRIPPE AVIAIRE N’EST PAS UNE PLAISANTERIE.
Le virus peut muter. Il a déjà fait quelques ravages humains, dans des pays où l’on ne se préoccupe guère des conditions de travail des ouvriers agricoles ou des familles dont la survie dépend d’un poulailler.
L’angoissante question de la grippe aviaire résume la mondialisation : le virus, qui n’a frappé que des humains pauvres, peut-il, en se transformant, infecter les riches ?
Pour le chikungunya, c’est plus simple : il faudrait vraiment qu’on nous paye le billet pour qu’on passe nos vacances à la Réunion. Et encore,il faudra que je demande aux Chirac s’ils y vont cette annnée.
Guy Konopnicki
Trouvé par Linsay dans "Marianne".
Rouge Midi