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Washington résiste aux appels à fermer Guantanamo
mardi 21 février 2006
Washington a une nouvelle fois résisté cette semaine aux appels à fermer Guantanamo lancés par l’Onu et des capitales européennes, en affirmant que le centre de détention était indispensable dans la lutte contre le terrorisme.
Anticipant une nouvelle volée de critiques, l’administration Bush avait condamné par avance un rapport de l’Onu, publié jeudi, qui appelle à fermer sans tarder le camp et à juger rapidement les prisonniers ou bien à les libérer, considérant que le document reposait sur des "on dit".
Le camp de Guantanamo, sur l’île de Cuba, compte encore environ 500 détenus pour la plupart capturés en Afghanistan à l’automne 2001. Depuis son ouverture en janvier 2002, il n’a cessé de susciter la controverse sur les conditions d’incarcération et le maintien en détention indéfinie de suspects non inculpés.
Le rapport, rédigé par cinq experts indépendants, affirme que "les conditions générales de détention" à Guantanamo "équivalent à un traitement inhumain" des prisonniers et que dans certains cas, les traitements infligés aux détenus "s’apparentent" à des tortures.
Ajoutant à la colère de Washington, le secrétaire général de l’Onu Kofi Annan a plaidé aussi pour la fermeture. Il a estimé que "tôt ou tard il faudra fermer Guantanamo" et a souhaité que le gouvernement américain prenne cette décision "le plus tôt possible".
Selon M. Annan, "on ne peut pas détenir des individus à perpétuité", des "accusations doivent être portées contre eux" et ils doivent "avoir une possibilité de s’expliquer eux-mêmes.
Plusieurs capitales européennes ont exprimé également leur malaise et notamment deux des plus fidèles alliés de Washington, la Grande-Bretagne et l’Italie.
Le Premier ministre britannique Tony Blair a redit qu’il considérait ce camp comme une "anomalie dont il faudra s’occuper à un moment ou à un autre", sans toutefois demander sa fermeture.
A Rome, le ministère des Affaires étrangères a aussi jugé le camp comme une "anomalie" et préconisé sa fermeture.
Les critiques sont venues également d’Allemagne. Un haut responsable du gouvernement à Berlin, Karsten Voigt, a considéré qu’il "serait dans l’intérêt des Américains de fermer Guantanamo dès que possible".
A l’occasion d’un voyage en janvier aux Etats-Unis, la chancelière allemande Angela Merkel avait déjà déclaré qu’une institution comme Guantanamo "ne pouvait pas et ne devait pas continuer à exister comme cela à long terme".
Elle avait alors reçu une fin de non recevoir polie du président George W. Bush qui avait déclaré que le camp resterait ouvert aussi longtemps que la sécurité des Américains l’exigerait.
Cette semaine, le gouvernement américain a accusé l’Onu de se discréditer avec son rapport, un "réchauffé d’allégations faites par des avocats pour le compte de certains des détenus".
"Les gens qui se trouvent là-bas et dont nous parlons sont de dangereux terroristes", a affirmé le porte-parole de la Maison Blanche Scott McClellan.
Le secrétaire américain à la Défense Donald Rumsfeld s’en est pris vivement à M. Annan qui a, selon lui, "complètement tort" d’appeler à la fermeture du camp.
"Nous ne devons pas fermer Guantanamo, a-t-il estimé. Nous avons plusieurs centaines de terroristes, de gens nuisibles, des gens qui essaieront de tuer des Américains s’ils sont renvoyés sur le terrain". Selon lui, 15 anciens détenus qui avaient été relâchés de Guantanamo sont retournés se battre.
Il a reproché au secrétaire général de l’Onu et aux auteurs du rapport de ne pas avoir visité le centre de détention.
Les inspecteurs de l’Onu avaient renoncé à une mission à Guantanamo quand les Etats-Unis leur avaient refusé de s’entretenir en tête-à-tête avec les détenus.
Linsay avec AFP
Rouge Midi