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Comment comprendre la montée du racisme anti-musulman ?

dimanche 5 novembre 2006
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A. Sivanandan, né à Sri Lanka, est un auteur et activiste qui vit et milite en Angleterre depuis 1958, l’année des émeutes raciales du quartier de Notting Hill à Londres. Il est le fondateur de la revue Race and Class et directeur de l’Institute of Race Relations (1) à Londres.

Grande-Bretagne : attaque néo-libérale contre la diversité culturelle

Le « multiculturalisme » est souvent considéré comme une idée antirépublicaine et d’inspiration anglo-saxonne. Comme si les Français seraient incapables de reconnaître et d’accepter la diversité sociale et culturelle. Paradoxalement, de l’autre côté de la Manche, des voix s’élèvent pour demander si, après tout, les Français n’avaient pas raison en interdisant le voile à l’école, et beaucoup de Musulmans se sentent menacés dans un pays qui s’est toujours vanté de sa « tolérance ».

« La meilleure façon de comprendre la montée du racisme anti-musulman est de la considérer comme une tentative de punir ceux qui résistent la politique impérialiste du gouvernement britannique.

Les racistes mènent leur bataille sur le terrain de la religion, mais leur véritable objectif et de confronter et battre les opposants à l’impérialisme.

En Grande-Bretagne, cette bataille prend aujourd’hui la forme d’une attaque contre le multiculturalisme - une politique qui a fait consensus pendant plus de 30 ans.

Comme disait le ministre de l’intérieur de 1965 à 1967, Roy Jenkins (2), “ L’intégration n’est pas un processus d’assimilation qui réduit tout le monde au même niveau, mais l’égalité des chances, accompagnée d’une diversité culturelle dans un climat de tolérance mutuelle. ”

Le multiculturalisme consistait à reconnaitre qu’il y aurait des différences culturelles entre les citoyens britanniques - et c’est cette notion que le gouvernement actuel de Tony Blair cherche à remettre en cause.

Le multiculturalisme est venu d’un mouvement antiraciste centré sur les travailleurs immigrés venus du sud de l’Asie et des Antilles après la deuxième guerre mondiale. Quoique souvent hautement qualifiés, beaucoup des nouveaux arrivants en Grande-Bretagne sont venus travailler dans les usines, les fonderies, les hôpitaux et les transports où nous occupions les postes les moins rémunérés.

En tant que travailleurs immigrés, nous avions les conditions de logement les plus difficiles et nous travaillions dans des endroits où le racisme était courant. Nous avons dû nous unir pour combattre le racisme dans les quartiers et les lieux de travail.

Nous avons combattu pour avoir le droit à un logement décent, pour des emplois mieux rémunérés, pour le droit de ne pas travailler la nuit et pour le droit d’être considérés comme faisant partie de la classe ouvrière britannique.

C’était à travers ces combats que nous avions commencé à utiliser le terme “ noir ”.(3) C’était une description politique qui couvrait tous ceux qui devaient affronter le racisme, plutôt qu’un terme qui décrivait la couleur de la peau - une catégorie que nous avons élaborée afin de rassembler tous ceux parmi nous qui résistaient le racisme.

Nos luttes des années soixante et soixante-dix obligèrent le gouvernement à faire voter des lois interdisant la discrimination raciale et établissant des organismes publics comme la Commission pour l’Egalité Raciale.

A beaucoup d’égards, ce fut une tentative d’ “ acheter ” ou de récupérer les mouvements qui existaient sur le terrain. Les autorités avaient peur que, si elles ne faisaient rien, la bataille leur échapperait et que cela alimenterait le radicalisme général qui existait à l’époque.

En 1981 de jeunes noirs de beaucoup de villes importantes se sont révoltés face au racisme. Le gouvernement a nommé une commission présidée par le juge Scarman pour enquêter sur les causes de ces émeutes.

Une des conclusions de Lord Scarman était qu’il existait un “ déficit culturel ” chez les Afro-caribéens et les gens originaires du sous-continent indien. Une façon de remplir ce vide était de créer et subventionner des projets et des associations “ ethniques ”.

Le combat pour le multiculturalisme était en passe de devenir quelque chose qu’on peut résumer comme les trois ‘S’ - saris, samosas et steelbands.

La “ culture ” ethnique fut accordée la priorité sur tout le reste - c’était la crème qui montait à la surface. C’était une période non pas d’ “ égalité des chances ” (equal opportunity) mais d’ “ égalité d’opportunisme ” (equal opportunism).

Ce processus a conduit rapidement à un glissement du multiculturalisme vers l’ “ ethnicisme ”. On insistait non pas sur ce que les différentes communautés avaient en commun à travers la lutte contre le racisme, mais sur ce qui les divisait sur le plan culturel.

La politique suivie bénéficiait essentiellement aux classes moyennes noires parce qu’elle leur proposait des emplois et une représentation au niveau des autorités locales. Mais elle n’a rien changé pour les jeunes noirs dans la rue, dont beaucoup étaient au chômage ou avaient un travail sans intérêt et sans perspectives.

Malgré ces limites, je suis toujours convaincu que le multiculturalisme doit être défendu contre ceux à droite qui ont hâte d’annoncer sa mort.

Aujourd’hui les forces de la mondialisation essaient de nous uniformiser culturellement et de nous obliger tous à adopter une culture unique - celle de l’économie libérale. Pour elles, le multiculturalisme est une barrière parce qu’il légitime l’idée de la diversité.

C’est pour cette raison qu’il est détesté par les partisans de la mondialisation néo-libérale qui nous disent que nous devons tous adhérer à l’idée de “ Britishness ”, comme si l’identité britannique était synonyme d’une seule et unique culture.

Cette notion de “ Britishness ” omet complètement la contribution faite par les immigrés à ce pays. Mais je ne parle pas ici de la contribution économique que presque tous les politiciens admettent facilement, mais de la contribution politique que nous avons faite à travers nos mouvements de résistance.

Lors que nous sommes venus ici et que nous avons découvert la discrimination, nous avons dit : “ Mais où est votre justice et votre fair-play britannique ? ” En le faisant, nous avons aidé à changer la culture dominante. Ceci est un fait qui est largement reconnu - mais quand ceux qui sont contre la politique étrangère de ce pays critiquent le gouvernement on leur dit que leur comportement est “ anti-britannique ”.

Donc l’attaque contre le multiculturalisme est menée au nom de “ l’identité britannique ”, et ceux qui la mènent justifient leur position en disant qu’ils sont contre la division et l’ “ auto-ségrégation ”.(4) Mais ils feraient mieux d’examiner les raisons économiques qui poussent à la ghettoïsation de certaines communautés noires.

Ils concluraient que ce sont les mêmes raisons qui expliquent pourquoi les Afro-caribéens et les Indo-pakistanais vivaient dans des logements de qualité inférieure dans les années cinquante et soixante.

Parce que nous devons affronter le racisme, nous avons plus de chances d’être pauvres et donc d’habiter les quartiers les plus pauvres. L’idée que nous choisissons de vivre dans la pauvreté est un non-sens.

Loin de vouloir rester à l’écart, il est clair que là où les musulmans ont la possibilité d’interagir avec d’autres communautés, ils le font avec beaucoup d’enthousiasme.

Le devoir de la gauche dans ces circonstances est de nous impliquer dans toutes les luttes contre la discrimination et le racisme dans nos quartiers.

Nous devons participer à la construction d’un nouveau mouvement ouvrier qui implique tous ceux qui se sont installé récemment dans ce pays.

En même temps, nous devons faire le lien entre ce qui se passe localement et ce qui se passe dans le reste du monde.

C’est l’impérialisme et la “ guerre contre le terrorisme ” qui a conduit à cette montée du racisme sous une nouvelle forme. Le combat contre le racisme doit également être un combat contre l’impérialisme. »

Traduction : Claude Meunier

NOTES

(1) Institute of Race Relations : www.irr.org.uk A. Sinanandan a été interviewé par Yuri Prasad. L’article a été publié dans Socialist Worker (G-B) le 23 octobre 2006 : http://www.socialistworker.co.uk/ar... Traduction française et notes de Claude Meunier. Cette interview paraîtra dans le n° 17 de la revue Socialisme International : www.revue-socialisme.org

(2) Représentant de l’aile « modérée » du parti travailliste, Roy Jenkins était ministre de l’intérieur à une époque où l’immigration était au devant de la scène politique.

(3) Jusqu’aux années soixante, on parlait plutôt de « gens de couleur ». L’influence du mouvement américain du « pouvoir noir » s’est fait également sentir en Grande-Bretagne à cette époque.

(4) C’est un argument utilisé aujourd’hui par ceux qui, comme le ministre travailliste Jack Straw, s’opposent au port du voile.

Sur le site de Michel Collon

Transmis par Linsay.


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