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Octobre 1936 : 70ème anniversaire du PCA (I)

samedi 28 octobre 2006
par  Sadek Hadjeres
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Milieu des années trente, début de jonction du social et du national

(par Sadek Hadjerès, ancien membre du Bureau Politique du PCA de 1955 à 1965 et premier Secrétaire du PAGS clandestin de 1966 à 1990)

Il y a de nombreuses façons de célébrer l’anniversaire d’une organisation. J’aurai sans doute l’occasion d’aborder le 70ème du PCA sous plusieurs angles « fondamentaux » au cours de l’année qui vient. Car la réflexion et les débats ne s’arrêtent pas à une journée symbolique, pas plus q’ils ne s’arrêtent pour les femmes au 8 Mars, pour les travailleurs au 1er Mai, pour les partisans de la dignité nationale et de la Liberté au 20 août ou au 1er Novembre.

Aujourd’hui, à travers un simple rappel de quelques faits de l’époque, j’évoquerai, sans dresser un tableau historique, des épisodes qui illustrent le contexte socio-politique de cette fondation. Ces rappels ont eux aussi leur utilité et une signification fondamentale. Il est fréquent en effet, dans des polémiques partisanes ayant comme enjeu les luttes du moment, de raisonner sur les évènements du passé en se fondant sur les seuls critères et les conditions d’aujourd’hui.

C’est perdre de vue que l’actualité présente est forcément le résultat d’évolutions historiques à partir de situations différentes. Transposer les logiques contemporaines aux situations révolues, c’est risquer de ne rien comprendre à la signification de l’évènement fondateur et aux évolutions ultérieures.

Les quelques faits que je vais évoquer illustrent selon moi un fait capital : les premiers pas de la jonction entre les luttes nationales et sociales. Ce phénomène au long cours est loin d’être achevé aujourd’hui (tout comme celui de la jonction du national et de l’international). Il a connu des fluctuations et des aléas au fil des décennies écoulées. Dans ce domaine, l’Algérie a souvent été en pointe par rapport à de nombreux pays du monde arabe, mais a connu aussi des retards et des remises en cause des progrès réalisés, Ces insuffisances sont l’une des raisons des déboires et des crises qu’a connues l’Algérie après des luttes héroïques et une indépendance qui méritaient un meilleur avenir.

GIF - 10.2 ko En 1936, l’Algérie coloniale est à l’heure de l’effervescence provoquée par la réunion du "Congrès Musulman" en Algérie et l’avènement du Front Populaire en France. Le parti du PPA, issu de l’Etoile Nord africaine en France, commençait seulement à s’implanter, à la veille de la venue de Messali à Alger. J’avais lu ou entendu dire un certain nombre de choses sur cette période, mais c’est presque par hasard, une trentaine d’années plus tard, vers 1968, que j’ai eu l’occasion de mesurer par un témoignage vivant, direct et non partisan, l’impact qu’avait eu l’action des premiers syndicats algériens (dont le premier congrès, dans le cadre de la CGTU, semble remonter à 1932).

Vivant à nouveau clandestinement depuis trois à quatre ans après le coup d’Etat du 19 Juin 1965, je me trouvais de passage à la "mansarde" comme nous appelions le local exigu et obscur de la Basse Casbah, à la fois refuge pour quelques camarades et siège d’une imprimerie secondaire de "Saout-ach-châab", la principale se trouvant plus haut, dans la moyenne Casbah. La « mansarde » était nichée au premier ou deuxième étage d’un immeuble vétuste et tombant en ruines, on y accédait par un escalier branlant mais il a abrité bien des épisodes de la résistance contre la politique antidémocratique et antisociale qui a caractérisé les premières années du pouvoir du « clan d’Oujda ».

La répression contre les militants syndicaux, démocrates et communistes connaissait alors une de ses vagues les plus violentes. J’étais venu discuter avec un des "locataires" de la mansarde une opportunité inattendue de nouveaux papiers d’identité pour moi et il me fallait une photo sur le champ dans mon nouvel accoutrement. Il me proposa, étant donné l’urgence et la proximité du lieu, un vieux photographe ambulant, installé sur la Place des Martyrs, ex-Place du Gouvernement (1) .Il avait pour toute boutique sa vieille boîte magique et un maigre attirail en plein air.

Pas vraiment prudent pour moi mais il n’y avait pas le choix et c’était de toute façon moins risqué que certains studios professionnels. Pendant que le photographe à l’ancienne mode développait son cliché, je lui glissai : _ Tu n’as pas l’air d’avoir beaucoup de clients ? (Je m’en réjouissais, ça allait plus vite).
-Malheureusement, on ne gagne plus rien avec la concurrence du moderne, mais tout le monde n’a pas l’argent pour bien s’installer. Ah, win zman, où est le temps heureux ! Des centaines venaient alors défiler chez moi ! Je venais seulement de commencer.
-Comment çà, des centaines ?
-Les dockers, les travailleurs du port, djabouha (ils l’ont remportée, ils ont réussi !). Eux et beaucoup d’autres. Du jour au lendemain ! Avant çà, ils n’avaient pas de droits, hagrin houm (on les humiliait). C’était des journaliers, tu travailles aujourd’hui, demain on te jette. Quand ils ont arraché leur premier statut, c’était pourtant du temps de la France, en avant les photos pour établir leurs cartes. Et ensuite même les photos avec leurs enfants tout habillés de neuf pour les fêtes de l’Aïd ou du Mouloud. Heureusement, ils avaient eu à leurs côtés ç’hab essandika (les gens du syndicat)".

Sentant mon écoute attentive, il poursuivait dans ses souvenirs : "Certains jours, ça bouillonnait par ici, Alors, même des non dockers venaient faire la photo, ils croyaient qu’avec çà, ils pourraient demander des droits. Et puis, il y avait parmi les dockers beaucoup de religieux qui fréquentaient « Nadi Ettaraqi ». Comme je faisais l’étonné, il poursuivit : « Tu vois l’immeuble en face (où siégeait le "Cercle du Progrès", siège des manifestations culturelles des Oulamas). Les gens pauvres et riches, habillés à l’arabe ou à la française ou moitié-moitié, affluaient pour écouter les conférences. C’était très animé. Il y avait l’istîmar (le colonialisme) mais en même temps on avait l’espoir ». En me rendant la monnaie pour le prix des photos, il m’ajouta : Allah idjib al-khir lal djamî, ya wlidi (Que dieu apporte du meilleur à tous, mon fils).

Cette allusion au flux et reflux des événements, aux sorts individuels et collectifs à travers les époques, m’avait mis du baume au coeur par les temps sombres que je vivais. Rien n’est jamais perdu des luttes passées. Le flash qu’il venait de dresser d’évènements qui l’avaient marqué, aiguisa ma curiosité pour tout ce qui s’était joué autour de ce lieu-carrefour (Bab-Azoun-Pêcherie-quartier de la Marine) où se croisaient les gens de la Casbah, du Port, de la grande Mosquée, les milieux d’affaires et les simples gens d’Alger ou de passage en provenance de l’intérieur.

J’appris ainsi, à travers les bribes de temps que le travail clandestin me laissait pour les lectures, bien des choses sur le milieu de cette décennie lointaine. Il arrivait en Algérie ce que redoutait le député socialiste français Abel Ferry (rien à voir avec le Jules) vingt ans auparavant quand il déclarait en 1913 à la Chambre française des députés : "Et l’histoire montre que, quand les problèmes sociaux puisent leurs forces dans les complications religieuses, dans les ressentiments nationaux, ils ont alors une force d’explosion incomparable"(2) .

Ce n’est pas pour rien que la " circulaire Michel" (du nom de Fernand Michel, secrétaire général des Affaires indigènes et de la police) suscitera en Février 1933 une grande émotion avec sa double interdiction : interdit aux Oulama, accusés d’agitation wahabiste, de prêcher dans les mosquées (seuls étaient autorisés les muftis officiels) ; interdit aux syndicalistes et aux communistes les déplacements sur les marchés et les douars dans les campagnes, comme le faisaient, selon ce chef de la police, les Rafa Naceur, Paul Radiguet et Ben Ali. La décision déclencha une vague de protestations dans la capitale. Plusieurs milliers de personnes ont défilé depuis la rue de la Marine où se trouvait Djamaâ Lekbir (la Grande Mosquée) à la rue de Constantine ‘aujourd’hui Asselah Hocine) devant la Préfecture pour réclamer l’annulation de l’arrêté. La police bouscule et arrête les manifestants. Parmi eux, Serrano, militant du Secours rouge et Navarro, responsable de l’Union locale des Syndicats CGTU, qui avaient harangué la foule à la sortie de la prière, place du Cheval pour manifester et qui vont être condamnés à six mois de prison.

A la même époque, la corporation des dockers était livrée jusqu’en 1932-33 au bon vouloir de quelques gangs du port, agents des acconiers et de la police, qui détenaient les jetons d’embauche, les distribuaient au prix fort ou à leurs mouchards, ne toléraient pas d’activité syndicale ou politique. Ils utilisaient la force et l’intimidation contre les travailleurs, qui étaient fragilisés par leurs conditions de vie familiale et d’habitat dans la Casbah ou les bidonvilles et dont une partie essayait de surmonter leur détresse en s’adonnant au kif et au vin. Les Oulama menèrent à cette époque une large campagne par affiches contre le vin et les fumeries. Ils attirèrent au cercle du Progrès des dockers qui en suivant ces causeries réfléchissaient sous l’angle moral à leur condition et à leur esprit de responsabilité. Un de ces dockers, En-Nafaâ, parmi les plus assidus au Cercle devint un militant syndical exemplaire et un cadre communiste de valeur sur le port(3).

Sur le port en effet depuis des années, des syndicalistes comme Torrecillas luttaient pour assainir le climat empoisonné par les pressions policières et la corruption. Des militants, dockers ou non, expliquaient et organisaient sur place. La jonction entre le prêche moral des Oulama et les efforts de formation politique des communistes est parvenue, dans les conditions d’un mouvement socio-politique ascendant dans le pays et en France (Front populaire), à isoler la coalition des patrons et de leurs protecteurs dans l’administration française. Elle a contribué à l’édification d’un syndicat solide. Cette évolution gagna ensuite les autres ports algériens. Elle aura des conséquences positives sur le rôle des travailleurs dans le contenu des orientations sociales et démocratiques du mouvement national.

Pendant des décennies, cette "amana", ce message, comme le plus précieux des chargements, passera d’une génération à l’autre, porté sur les épaules de ces rudes travailleurs. Conscients d’être un des poumons économiques de la nation, ils refusaient de plier en dépit de leurs dures conditions. Ils n’ont ménagé ni leur sueur, ni leur bon sens, ni leurs vies.

Ils furent avant 1954 pour tous les Algériens et même pour d’autres travailleurs du monde, un exemple d’internationalisme en solidarité avec les patriotes du Viet Nam en guerre pour leur indépendance. Ils ont refusé de charger les bateaux français en partance pour le Viet-Nam, malgré la dure répression des CRS français et les pertes de salaires. Malgré aussi ; malheureusement, l’opposition et le sabotage de militants nationalistes sur le port. Ce qui n’a pas empêché ces derniers de s’attribuer faussement plus tard la paternité de ces actions, pour faire plaisir aux Vietnamiens ou aux autres gouvernants de pays socialistes où ils étaient accueillis en solidarité. Pas plus que ne sont fondées les allégations sectaires de la Charte de la Soummam de 1956, déniant aux communistes et aux syndicats de l’UGSA (ex CGT), les seuls existants alors, la paternité des journées d’action et des grèves nationales de la première année de guerre.

Les dockers, les traminots et d’autres corporations en furent les fers de lance, à un moment où le FLN comme organisation politique ne s’était pas encore affirmé dans la capitale avant la reprise en main par Abbane Ramdane, Lakhdar Rebbah et d’autres. J’ai eu l’occasion de rappeler que les militants FLN proches de ces dirigeants et chez qui j’étais hébergé (dont l’un est encore en vie) me questionnaient à ce sujet et que je leur confirmais chaque fois ce qu’il en était, leur annonçant même à l’avance l’action prévue dans l’espoir qu’elle serait soutenue.

Les dockers ne baissèrent pas les bras durant la guerre de libération et ont poursuivi leurs actions sur le terrain, en dépit de l’inertie de certains cadres de l’UGTA qui se contentaient de collecter les chtirak pour le FLN, s’éclipsant ensuite aux moments des actions, comme me le dit en 1959 Ammi Said, ce vétéran des cadres dockers avec qui j’étais en contact régulier et qui sera assassiné quelque temps plus tard par l’OAS.

Une trentaine d’années plus tard après ce démarrage du mouvement syndical et communiste sur le port d’Alger, en ce Mai radieux et tragique de 1962 qui annonce la victoire, 63 dockers sont tués et 110 blessés au niveau de l’embauche par une voiture piégée de l’OAS.

Trente années encore plus tard, en Novembre 95, Hafidh Megdoud, après tant d’autres militants syndicaux arrachés à la vie, est l’un des maillons de cette longue chaîne de l’honneur, du civisme et de l’intégrité au service de ses frères et soeurs d’espoir. Il est tombé en Novembre 1995 dans son quartier sous les balles d’un terrorisme à paravent idéologique, que ses compagnons avaient mis à plusieurs reprises en échec politique sur les lieux du travail, réussissant des grèves professionnelles ou d’intérêt national auxquelles les amis idéologiques des terroristes avaient en vain essayé de s’opposer. Quelques jours auparavant, il avait été suspendu, contre toute légitimité démocratique, du conseil d’administration de la Mutuelle des Transports où il représentait les travailleurs. Il a perdu la vie à la veille du renouvellement du conseil syndical du port d’Alger où les dockers s’apprêtaient à le reconduire dans ses responsabilités. Car il était de ceux qui se sont toujours battus pour préserver la plus haute conquête de ce mouvement syndical : le droit pour les travailleurs d’exprimer démocratiquement leurs préférences pour ceux qui se montrent envers eux les plus honnêtes, les plus dévoués.

Aujourd’hui, les syndicats de lutte sont toujours là sur le port, revendiquant à la fois leurs droits sociaux menacés et leur droit de regard sur la gestion économique qu’ils veulent à la fois transparente et au service de l’intérêt national et de la société.

Après ce flash rétrospectif sur la toile de fond du mouvement social le plus avancé au milieu des années trente, en prenant l’exemple emblématique d’une corporation parmi les plus combatives, plongeant ses racines dans la paysannerie et les quartiers populaires des villes, je reviendrai plus tard sur la fondation du PCA comme organisation politique formellement autonome, c’est à dire comment s’est constituée une trame organisationnelle dans laquelle se joindront le social et le politique, avec des résultats inégaux selon les périodes.

( SH, le 28 septembre 2006 )

1 Tout le monde continuait à l’appeler encore Blacet al Aoud, place du Cheval, à cause de la statue arrogante d’un général français, le duc d’Aumale en cavalier conquérant, alors que la statue avait disparu depuis l’indépendance.

2 in Ch. André Julien, "L’Afrique du Nord en marche", Seuil, 1962, p106-107

3 Il suivit ainsi un itinéraire semblable à Tahar Ghomri, paysan d’Ifry (région de Tlemcen) organisateur dans les années 40 des Unions paysannes de la région avant de devenir membre du Comité central du PCA. Organisateur avec :Mejdoub Berrahou et Benamar Mahrouz des grandes grèves qui avaient fait trembler les gros colons d’Oranie en 1951, il est mort au combat dans le maquis de Sebdou en 1957. Ou encore de Chebbah al Mekki, originaire des Aurès et qui organisa dans les années 30 dans cette région à la fois des activités théâtrales et culturelles, des luttes d’Unions paysannes et des actions anticolonialistes contre les bachaghas de cette région. Cela lui valut pour l’une d’entre elles d’être traîné sur des dizaines de kilomètres en plein été avec les poignets attachés derrière un cheval, avant d’être emprisonné (un timbre du Secours populaire algérien avait illustré cet épisode). Tous deux avaient été membres de l’Association des Oulama


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Commentaires

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dimanche 2 décembre 2007 à 15h32 - par  jawed

– C’est toi qui as écrit le livre sur Bouteflika ? »
Derrière la grille, à contre-jour, Ferah offre à admirer sa magnifique silhouette de travesti. Ses hanches rondes moulées dans un jean parfaitement taillé et montées sur des jambes fines, sa poitrine proéminente parfaitement épousée par un tee-shirt fripon, son beau visage d’éphèbe sobrement maquillé, ses yeux en amande bridés et mélancoliques, subtilement mis en évidence par une discrète touche de khol et ornés de cils soignés au mascara, ses petites lèvres pulpeuses, tout est fait pour aguicher chez Ferah.
Comme tous les travestis de la prison, il loge au « cabanon », une aile spécialement aménagée pour les homosexuels et, bien entendu, interdite aux autres détenus. On y rencontre les travestis célèbres qui se prostituent dans les rues et les night-clubs d’Alger et que la police des mœurs coffre de temps à autre, au gré des campagnes de moralisation publique dont aime à user le régime algérien pour se donner à bon compte ces allures de sainteté qui apaisent les islamistes et confortent les âmes bigotes. Les travestis pris dans le filet séjournent au cabanon quelques semaines, le temps que retombe la crise bondieusarde du gouvernement et que leurs puissants protecteurs interviennent pour les faire libérer. Ils s’en tirent généralement avec une petite peine assortie d’une sévère leçon de morale sur les ravages qu’il font subir à la société en vendant si publiquement leurs charmes. Les prostitués s’en amusent. Ceux qui les jugent sont souvent leurs plus assidus clients et ils ont appris autant à garder les secrets qui les font vivre qu’à mépriser cette société aussi adroite dans les sermons que dans la sournoiserie. C’est dans les villas d’Alger les plus cossues, dans le lit des plus hauts notables de la ville et dans celui de ses plus vénérables personnalités, dans l’odeur de l’alcool et du fric, que les travestis passent leurs plus rentables nuits. Mais, de ces encanaillements des puissants, on ne parle pas, comme on ne parle pas de la pédophilie, du marché de la drogue ou de l’industrie du sexe, territoires gouvernés par des hommes proches du pouvoir. Alors, les prostitués ont appris à se taire et à payer. Payer les policiers qui ferment les yeux, payer le commissaire qui les couvre, payer le magistrat qui expédie l’affaire. C’est la rançon imposée par l’hypocrisie algéroise et ils ont appris à s’en acquitter avec philosophie.
Tous les pensionnaires du cabanon ne sont, hélas ! pas des détenus de passage appréhendés pour avoir chatouillé les bonnes mœurs. Il en est qui s’y trouvent pour des délits plus classiques et plus lourds. Ferah est de ceux-là. Il purge une peine à perpétuité pour avoir assassiné son amant surpris dans les bras d’une femme. J’ai appris ainsi, avec l’émouvante histoire de Ferah, qu’un homme épris d’un autre homme peut succomber à la jalousie au point de se donner les moyens définitifs de laver l’affront. Pour ce geste fatal de l’amant trompé, Ferah a déjà passé douze années de sa vie en prison. Douze interminables années à regarder flétrir son corps et à lutter désespérément, avec les dérisoires moyens de la prison, contre le vieillissement prématuré, à retarder la fatidique évasion de la séduction et à guetter une insoutenable indifférence dans le regard des hommes. Ne plus plaire serait pour lui le vrai jour du trépas et il doit d’être entré très jeune en prison plus qu’à sa persévérance de conserver, à l’approche de la trentaine, cet attrait certain qui fait encore se tourner les têtes des autres détenus et cette authentique grâce féminine qui perle comme une note de douceur dans le pénitencier d’El-Harrach.
– Oui, c’est moi qui l’ai écrit, lui répondis-je.
Il s’était approché de moi pour donner un peu de confidentialité à notre discussion et cette tournure d’intimité que prenait notre rencontre ne semblait pas lui déplaire. De ses ongles subtilement vernis, il se frotta délicatement le nez, écarquilla démesurément les yeux, ce qui eut le dommageable effet de les débrider, puis laissa échapper un soupir :
– C’est donc vrai…
Ferah se relâcha comme s’il venait, enfin, de percer un mystère tenace, prit une cigarette blonde qu’il enroula méthodiquement de ses doigts fins avant de l’accrocher délicatement à ses lèvres, et l’alluma en me dévisageant, l’air à la fois pensif et un soupçon admiratif.
– Et ils t’ont coffré pour ça ?
– En quelque sorte, oui…
– Et tu as dit des choses graves sur le président ?
– Pas vraiment. Pas au sens où tu sembles l’entendre, en tout cas.
L’explication ne parut pas le convaincre, mais il n’en avait que faire. Il lui suffisait de parler au « journaliste qui avait écrit le livre sur Bouteflika » et qu’on venait d’incarcérer ; de fixer ce moment dans sa morose existence de détenu.
Il semblait tirer de cet instant intime une sorte de fierté indéfinissable, comme si, tout d’un coup, il découvrait, à travers mon personnage, un motif inattendu de ne pas tout à fait désespérer de la vie et des hommes.

extraits du dernier livre « Les Geôles d’Alger » de Mohamed Benchicou

Logo de Charles Hoareau
samedi 28 octobre 2006 à 16h11 - par  Charles Hoareau

attendons donc la suite...

Logo de Joly
samedi 28 octobre 2006 à 12h46 - par  Joly

C’est bien qu’un grand monsieur comme Sadek HADJERES rappelle cet évènement important. Mais j’avoue que si j’ai apprécié le rappel historique, je suis resté sur ma faim car n’ayant rien trouvé sur le rôle du PCA - PAGS - après l’indépendance et ses liens complexes avec le pouvoir qui ont d’une certaine manière profondément marqué les élites algériennes. Plutôt en mal car ces élites ne sont pas parvenues à s’autonomiser d’un régime dont le moins qu’on puisse dire est qu’il n’est pas trés populaire

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