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François Bayrou : l’ego-centriste.

jeudi 17 mai 2012
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Depuis que Bayrou a voté Hollande, certains élus MoDem se mettent à voir des éléphants roses...

BAYROU est-il en train de tenter un galop à gauche, sur son petit cheval du MoDem qui n’est harnaché que de trois députés et quatre sénateurs ?.

Las d’arriver 4e en 2002 (6,84%), puis d’avoir bondi à la 3e place (18,57%) en 2007, mais d’être retombé à la 5e (9,13%) cette année, le candidat centriste aurait-il volé au secours de la victoire en annonçant son vote pour Hollande ?.

Une façon de se placer pour la suite, quitte à fâcher son électorat traditionnel de centre-droit (dont les reports n’ont en effet guère suivi).

"C’est le petit bout de la lorgnette !" se défend-il.

Et de redire qu’il a pris cette "lourde décision" au nom des "valeurs républicaines", pour enrayer la "course- poursuite à l’extrême droite" de Sarkozy.

Il fait part au "Canard" de son indignation encore vive :

"Vouloir "rétablir la frontière entre le bien et le mal, entre le beau et le laid...

Mais Sarkozy se rend-il compte de ce qu’il disait dans son discours de Toulouse ?.

Un régime politique qui se mêle de définir l’esthétique, cela évoque de mauvais souvenirs".

Il rappelle qu’en 1998 il avait précisément provoqué la "fracture de l’UDF", lorque certains présidents de conseils généraux s’étaient alliés au FN...

Les sarkozystes apprécieront.

Théoricien du "centre dur" (sic), il fait le sombre pari que la grave crise en cours va pousser à "élargir la majorité" jusqu’à l’"union nationale", et sonnera le glas de la "bipolarisation favorisant la fuite vers les extrêmes".

Et qui sera le recours ?.

Bayrou, bien sûr.

La preuve de son "désintéressement", selon les siens, tiendrait dans son absence de calcul à court terme.

"Voter Hollande ne lui ouvre aucune perspective politique, explique Daniel Cohn-Bendit. Voter Sarkozy l’aurait au contraire remis dans le jeu pour la recomposition du centre et de la droite devenue orpheline."

Mais c’est bien ce qu’a tenté de faire Bayrou, secondé par sa fidèle directrice de campagne, Marielle de Sarnez, pendant l’entre-deux-tours !.

Recoller les morceaux du centre en miettes, actuellement divisé en pas moins de quatre partis :

MoDem, donc, Parti radical (dirigé par Jean-Louis Borloo,qui avait quitté le camp bayrouiste en 2002), Nouveau Centre (fondé par Hervé Morin, qui a déserté, lui, en 2007) et Alliance centriste, lancée en 2009 par le sénateur et ancien ministre Jean Arthuis.

Ouf !.

Or Arthuis, qui a soutenu la campagne de Bayrou, se montre désormais amer :

"Je respecte son choix, mais sur le terrain on se fait engueuler par nos électeurs !".

Il y voit une décision en contradiction avec sa condamnation du programme économique du PS :

"Mercredi 2 mai, il me proposait encore de créer un label commun à nos deux partis... Mais lui aussi était vague sur la manière de réduire les déficits. Au fond, sa décision nous libère, et va nous permettre de reconstruire le centre sans lui !".

En fait, Bayrou, qui avait promis, l’été dernier, de se prononcer plus clairement qu’en 2007 pour le second tour, a, pour une fois, largement consulté ses troupes avant de franchir "ce pas décisif".

"Je lui ai fait valoir qu’il ne pouvait pas renvoyer dos à dos Hollande et Sarko, ni repartir dans la cuisine des chapelles centristes... explique Jean-Luc Bennahmias, vice- président du MoDem.

Lequel garde de son passé chez les Verts d’excellents contacts avec les lieutenants de Hollande Bernard Poignant, François Rebsamen, Stéphane Le Foll...

Mais rien n’a été négocié avec le PS, jurent en choeur Bayrou et les siens.

Pas même un discret mais nécessaire soutien socialiste aux prochaines législatives dans les Pyrénées-Atlantiques, où Bayrou a fait 19,36% dans sa propre circonscription et 17,81% dans celle de Jean Lassalle ?.

"J’y fais toujours le double de mon score présidentiel national", se défend crânement l’intéressé.

L’UMP a annoncé le 7 mai qu’elle présenterait un candidat contre lui.

Et le PS a fait savoir qu’il n’en présenterait pas !.

Chez Bayrou et peut-être dans quelques autres circos...

L’impitoyable ligne centriste "ni droite ni gauche" du MoDem est en fait modulée de manière très pragmatique dans les collectivités locales.

Olivier Henno, vice-président MoDem de la communauté urbaine de Lille, qui dialogue directement avec Martine Aubry, explique :

"Nous avons ouvert une nouvelle voie..."

Il affirme "faire parti de la majorité présidentielle" et n’exclut pas de devenir ministre.

Tout comme Bennahmias...

Bayrou, lui, continue de faire des plans sur la comète de "l’union nationale".

Il explique avoir des vues communes avec Hollande, pour "avoir discuté avec lui des gens et de la vie (sic) des dizaines de fois à l’Assemblée" : depuis sa déclaration du 3 mai, Bayrou confie d’ailleurs avoir reçu de lui un SMS.

Mais un proche du nouveau président socialiste se montre net :

"Pour l’instant, Hollande, qui est un pragmatique, ne veut pas du tout de Bayrou. Je crains que celui-ci ne se marginalise...".

D’autant que Mélenchon et les communistes ne veulent à aucun prix d’une alliance au centre.

Comme bien des déçus du bayrouisme, Arthuis met en cause son tempérament perso :

"Il ne doute pas de son destin. Il aime la solitude, comme ça il peut dialoguer avec lui-même...".

Confirmant son "obsession présidentielle", Daniel Cohn-Bendit juge qu’il " a été encore plus blessé que Sarko par son mauvais résultat au premier tour".

Croisée au QG du PS le soir du 6 mai, l’ex-ministre de Juppé Corinne Lepage, qui a quitté le MoDem il y a deux ans, enfonce le clou :

"Même en disant voter Hollande, Bayrou reste finalement au milieu du gué...Alors que moi, j’ai appelé à voter Hollande au premier tour : je fais partie du centre-gauche !".

Comme disait un autre François (Mitterrand), "le centre n’est ni de gauche ni de gauche" : il reste désespérément "introuvable", et c’est tout le problème de Bayrou !.

Par David Fontaine dans Le Canard enchaîné du 09/05/2012

Transmis par Linsay


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