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Ici les "indigènes" sont polonais...

mercredi 25 avril 2012
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Comme dans tous les pays européens, en Hollande le capitalisme est à l’offensive contre le secteur public, les salaires et la protection sociale. Le plan d’austérité a provoqué la chute du gouvernement et la démission du 1er ministre en exercice.

Comme dans nombre de pays européens, l’extrême droite désigne ses "coupables"...et ce sont des travailleurs...

Environ 30 % des Néerlandais verraient d’un mauvais œil la présence des Polonais aux Pays-Bas, et pour les politiciens, c’est devenu un sujet de surenchère. Un conseiller municipal de La Haye parle du "tsunami" que formerait la communauté polonaise de 30 000 personnes dans sa ville. Un autre évoque une "bande d’analphabètes". Selon le ministre de l’Immigration, les demandes d’aide sociale ont doublé depuis 2010. Pour leur part, les Polonais se plaignent qu’on crève leurs pneus, qu’on leur refuse l’accès aux discothèques et qu’on se moque de leurs enfants à l’école. Mark, 50 ans, un Néerlandais qui habite Varsovie, hésite à retourner dans son pays avec une voiture immatriculée en Pologne. "Ce serait dommage pour la voiture", explique-t-il.

Juste après 1989, les Polonais venaient aux Pays-Bas pour cueillir les fraises, planter des tulipes et acheter des voitures d’occasion. "Une fois par semaine, la ville se mettait à l’heure polonaise. Ils arrivaient le soir, sept moustachus dans une fiat, se garaient et dormaient n’importe où. Ils achetaient une vieille caisse et repartaient le lendemain", raconte Jens, qui à l’époque était étudiant et aidait son père à vendre des voitures d’occasion sur un marché en plein air à Utrecht. Il avait pitié de ces Polonais, car les vendeurs, en majorité des immigrés originaires d’anciennes colonies - Maroc, Antilles, mais aussi Turquie - installés aux Pays-Bas, étaient impitoyables en affaire avec les nouveaux venus.

Ils travaillent sans se plaindre

Les Pays-Bas faisaient à l’époque figure de laboratoire modèle de la tolérance et la cohabitation, mais un malaise croissant était perceptible dans la population. Surtout vis-à-vis des gens de couleur. En tout cas, cela ne concernait pas alors les Polonais, et ni les descentes de police dans les plantations, où on les employait massivement, ni les expulsions spectaculaires ne sont jamais devenues une source de sérieux affrontements. "Il y avait des étudiants qui parlaient deux mots d’anglais. Ils logeaient à dix dans un camping-car prévu pour quatre, volaient les vélos et se saoulaient, mais ils repartaient vers octobre", explique Jens.

Depuis l’ouverture du marché du travail, en 2007, 100 000 à 200 000 Polonais désireux de travailler dans l’agriculture et le BTP ont afflué aux Pays-Bas, surtout l’été. Soit cinq fois plus que prévu. Mais la majorité d’entre eux a trouvé un emploi. De grandes agences d’intérim néerlandaises se sont mises à les recruter pour les placer dans les fermes et les plantations. Elles se sont vite rendues compte que, contrairement aux travailleurs locaux, gâtés (sic !) par les allocations et l’aide sociale, les Polonais pouvaient travailler de 40 à 60 heures par semaine, rapidement, sans se plaindre, car ils ne connaissaient pas la langue, et sans tomber malades, car ils ne connaissaient pas suffisamment leurs droits.

Certains comparent ses agences à des esclavagistes des temps modernes. Elles ont des filiales partout dans le pays et, comme jadis en bateau, font constamment venir en minibus la nouvelle main-d’œuvre docile.

Moins de 1 000 euros par mois

"Un travailleur polonais peut effectuer plusieurs tâches à la fois. Un soudeur néerlandais se contente de souder. Plus flexibles, nous faisons volontiers des heures supplémentaires, nous apprenons vite et acceptons le travail que refusent les Néerlandais, les Marocains ou les Turcs", explique Artur Ragan, porte-parole de Work Express, cabinet de recrutement polonais spécialisé dans le BTP.

La spécialiste de l’immigration polonaise aux Pays-Bas, le professeur Patrycja Matusz-Protasiewicz de l’université de Wroclaw, dresse un portrait-robot du travailleur polonais. Le plus souvent, il s’agit d’un homme originaire de la région de Silésie, ayant niveau d’éducation élémentaire ou le bac. L’agence lui loue un logement bon marché qu’il partage avec ses camarades. Il retourne chez lui après treize mois passés aux Pays-Bas. Il gagne peu, à peine 1 000 euros par mois pour la majorité d’entre eux, et rêve d’avoir son propre logement.

Les expulser serait contre les directives européennes

Contrairement à ce qu’affirment les populistes, le taux de chômage des immigrés polonais est de 3,5 % [pour une moyenne nationale qui est de 6 %], ce qui est moins que dans d’autres communautés d’immigrés. Malgré tout, un projet de loi a été déposé au Parlement, proposant de renvoyer tous ceux qui resteraient plus de trois mois au chômage. C’est contraire à une directive de l’Union européenne, qui stipule que tout ressortissant européen peut demeurer pendant six mois où il veut. C’est d’autant plus étonnant quand on sait que les Polonais apportent au Trésor 3 milliards d’euros sous forme d’impôt.

Les Polonais sont vite devenus victimes des intermédiaires profitant des lacunes de la législation européenne du travail. Par exemple, si une entreprise domiciliée en Pologne achète la récolte avant la cueillette, elle peut alors la confier à des Polonais payés aux tarifs pratiqués en Pologne, c’est-à-dire 3 à 4 euros de l’heure. C’est aussi ce que proposent les petites entreprises néerlandaises constituées d’une personne, qui ont le droit de payer la main-d’œuvre en dessous des minima. Dans le langage courant, on utilise même l’expression polencostructie ("construction polonaise") comme synonyme de contournement de la loi.

Par Ewa Winnicka source Polityka le 20/04/2012

Transmis par Linsay


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