Rachida Dati : sévèrement urnée.

vendredi 30 décembre 2011
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Nous avions eu l’occasion d’écrire à Rachida Dati pour lui dire ce que nous pensions de son obstination à jouer l’arabe de luxe et de service.
Aujourd’hui la classe dominante lui envoie dans la figure le fait qu’elle n’est ni blanche ni issue des beaux quartiers, en un mot qu’elle n’est pas de leur caste...
Et les voilà à s’étriper non pour défendre le droit des exploités à se battre au travers d’une porte parole qui défendrait d’autres choix de société, qui lutterait contre l’injustice et le racisme, mais pour des postes, un pouvoir, une image...l’image de la nullité politique et humaine qu’ils incarnent...

***

Entrée en résistance contre le parachutage de Fillon dans son arrondissement, la maire du VIIe n’est pas prête à lâcher les bijoux de famille.

Quand, il y a cinq ans, elle est passée de l’ombre à la lumière, du cabinet de ministre de l’Intérieur à porte-parole du candidat Sarko, son père l’a prévenue :

« Tu vas prendre des coups ! Tu vas tomber ! ».

Cinq ans après, la Cosette du Champs-de-Mars, la louboutinée de la Place Vendôme, ex-fan de Cécilia, petite baby Dior, est devenue la femme à battre.

Les représentants de la Sarkozye recroquevillée de 2012 (Morano, Wauquiez, Hortefeux) tirent à courte vue sur l’ex-égérie du sarkozysme de 2007 ouvert à la diversité.

« Retourne à Chalon ! » vient de lui lancer une Morano sur l’air d’un
« Casse-toi , pauvre conne ! » qui flairait mauvais l’invitation de rentrer au bled.

Tout ça pour assurer à Fillon un parachutage dans la ouate sur le VIIe arrondissement de Paris aux prochaines législatives.

On a les causes qu’on mérite.

Le « Vietnam » de Fillon.

Le Premier ministre n’était pas obligé de la jouer saut sous la mitraille à Saint-Mère-Eglise, mais son goût pour la facilité donne l’occasion à Rachida de le moquer, dans « Le Monde », pour sa propension à faire rimer encore une fois son nom avec « Courage, fuyons ! ».

Fillon a commis une bourde en voulant fuir le pays des rillettes pour atterrir chez la beurette sans lui faire risette.

Sarko le lui a dit récemment :

"Tu as fais une erreur de te déclarer comme ça. Ton intérêt est de régler cette histoire rapidement, et c’est aussi le mien.
- On sacrifie qui ?" a répondu Fillon, déjà projeté dans l’après-sarkozysme.

L’affaire en est là qui menace de s’envenimer d’avantage et de gâcher la rentrée 2012 du Président.

Déjà que sa campagne va être polluée par la perte de son triple A, il ne faudrait pas en plus qu’elle le soit par les deux A de Rachida.

Car le sacrifié, pour l’heure c’est bien lui.

En 2007, ses deux princesses de la diversité, Rachida et Rama, ringardisaient une gauche incapable de placer aux avant-postes les enfants des cités.

Cinq ans après, elles sont toutes les deux dans le viseur des marins blancs du Président, tous occupés à draguer la Marine, Sarko n’en finit pas de tirer un trait sur tout ce qui a fait son élection en 2007.

Après l’enterrement du bouclier fiscal, celui de l’écologie et de l’ouverture, l’affaire Fillon symbolise la fin de la diversité imposée aux bourgeois.

Pour une fois qu’une enfant d’immigrés montée à Paris s’imposait dans les beaux quartiers, voilà qu’un provincial prétend la chasser pour prendre sa place.

« Cela va être son Vietnam » pronostique Claude Goasguen, député-maire UMP du XVIe", qui rêve de faire la peau aux ambitions de Fillon dans la capitale.

Comme Jean-François Copé, qui, tous les mois, jure avoir passé un pacte avec le Premier ministre pour mieux l’étouffer.

Dernier en date, celui conclu la semaine dernière pour ne pas exclure Dati de l’UMP, démenti comme les précédents par Matignon.

Rachida est un bel appât pour qui veut empêcher Fillon de prendre la présidence de l’UMP après la présidentielle.

Et, plus le chef du gouvernement la pilonne, plus elle mord.

Elle se dit prête à aller jusqu’au bout.

A se maintenir dans un second tour pour trucider le parachuté.

Le choix des socialistes de pousser le généticien Axel Kahn dans la course ne l’effraie pas, au contraire.

Plus il y a des gènes, plus il y a de plaisir : à eux deux, ils peuvent faire chuter n’importe qui.

La question est donc de savoir si Rachida va tomber que qui tombera avec elle.

« Il faut la traiter », n’arrête pas de dire Claude Guéant, qui maintient le contact avec la maire du VIIe, soucieux d’éviter l’implosion nucléaire.

Traiter Rachida, pour l’heure, c’est surtout la maltraiter.

Fillon fait donner des députés européens qui dénoncent son absentéisme à Srasbourg.

Les absents ont toujours tort, mais cela ne rassure guère les hommes du Président, qui voient en la mère de Zohra une « paire de couilles perchée sur des talons aiguilles ».

Dans la Sarkozye qui a tendance à qualifier tout le monde de couille molle sauf Papa, cela vaut hommage.

Rachida a beau en avoir, elle laisse les valseuses à qui de droit.

Elle rappelle juste qu’elle a beaucoup appris de son passage au ministère de l’Intérieur, au conseil général des Hauts-de-Seine et à la Place Vendôme.

Elle connaît les moeurs du régime.

Et des services de renseignement français, qui l’ont accusée dans une note à l’Elysée d’être à l’origine des rumeurs du printemps 2010 sur le couple présidentiel.

Un « complot », avait dit Charon, un autre disgracié du régime, aujourd’hui rallié à une Rachida en passe de se revendiquer première victime des fadettes de Squarcini.

Plus en cour mais elle court.

Sarko ne veut plus la voir.

Il lui en veut toujours pour cet épisode qui lui a coûté voiture et chauffeur de fonction.

Carla la déteste, qui a vu en elle une rivale qui aurait aimé prendre sa place dans la chambre à coucher présidentielle.

Rachida n’est plus en cour, mais elle court toujours.

Elle est maire et députée européenne jusqu’en 2014, et personne ne lui fera la peau avant.

Elle, en revanche, défouraille sur tous ceux qui lui veulent du mal.

Le sous-ministre Wauquiez veut l’exclure, elle se demande s’il ne mériterait pas de l’être, exclu, après avoir réclamé de l’argent aux Français de Londres pour financer son mouvement.

Quand au vendeur de tee-shirts Balladur, il ne faudrait pas qu’il la ramène, précise la mairie du VIIe.

Si la Sarkozye ne revient pas à de meilleurs sentiments à son endroit, Rachida poursuivra le combat en dépit des sondages qui la donnent vaincue.

Elle a programmé une action tous les quinze jours jusqu’à ce que mort s’ensuive.

Prochain épisode en janvier : un manifeste de femmes pour protester contre l’absence à droite de candidates du deuxième sexe à Paris.

Les valseuses n’ont qu’à bien se tenir.

Par Jean-Michel Thénard dans Le Canard enchaîné du 21/12/2011

Transmis par Linsay



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