La Libye est-elle toujours un : « pays de bon risque » pour le MEDEF ?

mercredi 23 février 2011
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Au moment où la politique étrangère de la France est à juste titre montrée du doigt y compris de façon très médiatique et exceptionnelle par des diplomates en cours d’exercice, l’auteur de l’article s’interroge opportunément sur l’absence totale de condamnation ou réaction du MEDEF qui naguère expliquait que la Libye était un « bon risque » !

Heureux temps où des dirigeants se réclamant de l’Islam (ou au contraire de leur lutte contre le fanatisme religieux) pour justifier leur dictature, étaient des alliés présentables...et asservis.

Peut-on rester muet, au nom du business ? Lorsque qu’on sait que : « (...) des appareils de l’armée de l’air [1]ont ouvert le feu à munitions réelles lundi sur des foules de manifestants (...) » et que : « (...) Selon un bilan établi par l’organisation de défense des droits de l’homme Human Rights Watch à partir d’informations recueillies dans les hôpitaux, au moins 233 personnes ont été tuées lors d’affrontements entre forces de l’ordre et manifestants (...) » [2]

La réponse est évidemment non ! Et pourtant ...

S’il a fallut attendre longtemps un timide commentaire de Laurence Parisot sur la situation en Tunisie : « (...) il est important de rétablir des relations économiques normales avec la Tunisie. Il faut même les intensifier (...) », on guette avec impatience une déclaration du MEDEF ou de sa branche internationale : MEDEF International sur celle de la Lybie !

Nous avons scruté ce matin le site Web de l’organisation patronale y compris celui de la Chambre de Commerce Franco Lybienne, sans trouver la moindre trace des dernières manifestations ou évènements sanglants.

Doit-on se référer à la dernière visite du dictateur libyen à Paris pour y trouver une réponse ?

En décembre 2007, Laurence Parisot donnait son sentiment sur la dite visite : « (...) Pourquoi ne pas voir aussi que c’est à l’occasion des échanges commerciaux que se font également les échanges d’idées (...) » [3] Et d’ajouter : « (...) que la visite du président libyen en France était une "opportunité" d’aider les Libyens "à progresser" ». « Est-ce que nous renonçons à nos propres principes (...), est-ce que nous renonçons à nos valeurs, à notre conception des Droits de l’homme, à notre attachement fondamental, essentiel à la démocratie ? Non », a-t-elle affirmé, soulignant que « le marché, par définition, c’est l’échange, c’est la confrontation, pas seulement de biens et de produits, mais aussi d’hommes, de femmes et d’idées (...) » [4]

On pourra ajouter à ces propos, les déclarations de Michel Roussin (ancien chef de cabinet puis directeur de cabinet de Jacques Chirac ), vice-président du Medef, datées de décembre 2010

« (...) La Libye est un pays de bon risque. Les entreprises françaises font maintenant cette analyse et sont moins frileuses" pour approcher ce marché (...) M. Roussin s’est félicité d’un "climat d’ouverture" en Libye, estimant que des "efforts ont été faits dans le domaine de la législation" pour améliorer le climat des affaires (...) » [5]

Mais, il serait injuste de notre part de fustiger le manque de réaction du MEDEF vis à vis de la Libye. En effet, ses membres ont su s’indigner lorsque la Suisse avait inculpé un des fils du colonel Kadhafi : Hannibal (et son épouse) pour : « (...) lésions corporelles simples, menaces et contraintes sur leurs employés de maison (...) » en juillet 2008. Affaire toujours en cours, d’ailleurs.

Qu’écrivait le Président de la Chambre de Commerce Franco-Libyenne sur ce « scandale » dans la Newsletter d’Avril 2010 ?

« Après des semaines de crise et d’incertitude, la situation entre l’Europe et la Libye semble s’apaiser. Les restrictions de visas ont été suspendues ce samedi 27 mars, après que la Suisse a fini par accepter de supprimer la liste noire qui interdisait l’entrée dans l’espace Schengen à près de 200 dignitaires libyens (...) Nous ne pouvons que nous féliciter de la fin de ce bras de fer qui aura duré six longues semaines (...) Les conséquences de ce malheureux épisode sont aujourd’hui incalculables mais elles sont bien réelles. Au-delà de l’annulation ou du report de certaines manifestations aussi importantes que la Foire Internationale de Tripoli, certains contrats ont été perturbés (...) »

S’ensuivait, une présentation « pédagogique » du jihad dans laquelle on apprenait, entre autre que : « la notion de jihad n’est pas principalement belliqueuse (...) Le jihad est avant tout un combat – sous entendu, un effort permanent - individuel ou collectif, exercé dans tous les domaines, économique, social, politique, familial, éthique, dans le but d’accomplir le bien, les préceptes d’Allah, sur terre et de défendre sa foi. Chaque fidèle doit ainsi mener son jihad pour lutter contre l’injustice, l’oppression et le mal dans son ensemble (...) » [6].

Alors : « Étrangeté du monde : mode d’emploi ? » comme le proclamait le slogan de la dernière Université d’été du MEDEF ?

Mais, n’ayons crainte, nul doute que, concentrés sur : « (...) le rétablissement du dispositif "zéro charge", supprimé en 2010, pour faciliter l’embauche des très petites entreprises (...) » et sur le « Coût du travail » « intolérable » pour les entreprises françaises, Laurence Parisot et les responsables du MEDEF auront été pris de cours et... vont réagir pour réaffirmer leur : « attachement fondamental, essentiel à la démocratie ».

Par Slovar sur Marianne2 le 22/02/2011

Transmis par Linsay


[1fournis par la France, faut-il le rappeler NDR

[2Yahoo/Reuters

[3Le Post

[420Minutes

[5Maghreb Emergent

[6page 11



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