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Lendemains incertains pour la Guinée-Conakry

dimanche 11 octobre 2009
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Sur le blog de Jean-Christophe Servant le 30/09/2009

Transmis par Linsay

Tout comme le putsch du 23 décembre 2008, qui avait permis à une junte militaire d’installer au pouvoir en Guinée-Conakry le capitaine Moussa Dadis Camara, obscur officier « de bureau » ayant jusqu’alors géré les stocks d’hydrocarbures de l’armée, la répression de la manifestation organisée le lundi 28 septembre 2009 à Conakry – on parle désormais de 150 morts – était malheureusement prévisible.

Réunis sur la place de la République à Paris, le samedi 26 septembre, pour contester la probable candidature de l’erratique leader du Conseil national pour la démocratie et le développement (CNDD) à des élections présidentielles qui semblent aujourd’hui définitivement compromises, quelques centaines de Guinéens de la diaspora, dont Mamadou Mouctar Diallo, syndicaliste aujourd’hui a la tête du jeune Parti des nouvelles forces démocratiques, qui terminait une tournée européenne, faisaient part de leur inquiétude à l’approche d’une manifestation qui avait été interdite par le gouvernement sur ordre du CNDD.

La sanglante et dramatique manière dont les « bérets rouges », conduits par des hommes de main de la junte – notamment le sous-lieutenant Claude Pivi Coplan, connu pour avoir imposé « Dadis » à la tête du pays, et actuel ministre chargé de la sécurité présidentielle –, a mis un terme à celle-ci rappelle des souvenirs. Le 22 janvier 2007, sous le long règne finissant du président Lansana Conte, ce sont les mêmes hommes qui avaient réprimé de façon tout aussi meurtrière la jeunesse de Conakry, causant alors la mort de 180 personnes [1]. Et, depuis au moins le printemps 2009, la rue et la société civile de la capitale de Guinée-Conakry avaient compris que Dadis – « capitaine sauveur » qu’elle avait accueilli avec un certain enthousiasme faute de mieux – faisait glisser le pays vers une autocratie ubuesque où chaque membre de la junte commençait à tirer un profit personnel des pouvoirs qui leur avaient été conférés.

A la suite du massacre du 28 septembre, la déclaration d’un diplomate français à l’AFP atteste que la communauté internationale, l’ancienne puissance coloniale française en premier lieu, était consciente de cette nouvelle dérive d’un pays déjà vampirisé et anémié par un demi-siècle de régimes autoritaires : « Au départ, lorsque la junte a pris le pouvoir, Dadis Camara était un personnage plutôt pittoresque, un peu décousu certes, mais qui paraissait plein de bonnes intentions. Les choses se sont dégradées petit à petit. » En août dernier, l’Union européenne avait ainsi placé la Guinée-Conakry sous surveillance pendant deux ans et maintenu le gel de son aide au développement en attendant un retour à l’Etat de droit. Pour autant, la France, qui avait été le premier pays occidental, début janvier 2009, à dépêcher un officiel auprès de la junte [2], avait encore accueilli le 17 septembre dernier, par l’entremise de son président de la Commission des affaires étrangères de la défense et des forces armées [3], un représentant du ministre de la défense nationale et vice-président du CNDD. Monsieur Balkany, député-maire UMP, interrogé sur la candidature à la présidentielle du chef de la junte, estimait qu’elle « ne posait pas de problème »… bien que le Quai d’Orsay ait rappelé celui-ci au « respect des engagements » [4].

Une nouvelle période de troubles s’annonce désormais pour la Guinée-Conakry. Alors que de nouvelles manifestations des forces vives de la nation s’annoncent pour les jours à venir, ceux de Moussa Dadis Camara, qui vient de reconnaître qu’il ne contrôlait pas toute son armée et veut interdire tout rassemblement « subversif », s’annoncent clairement comptés. Toute la question, désormais, est de savoir qui tirera le premier. Dans le cercle des membres de la communauté forestière qui entourent le leader de la junte, l’homme qui sortira du rang sera-t-il un Samuel Doe ou un Thomas Sankara ?

Les audiences télévisées surréalistes attestant de la dérive de Dadis Camara ont été largement diffusées sur Internet [5]. Ce qui reste à venir, pour le pire ou le meilleur, ne le sera pas. Pour autant, il est impossible de rester sourd à la colère d’une jeunesse guinéenne sacrifiée.



[1] Voir à ce sujet le poignant documentaire de Gilles Nivet, Cona-Cris, Journal d’une révolution, dont les témoignages, recueillis jusqu’à la fin 2008, annoncent l’actuelle dérive militaire.

[2] Le 4 janvier 2009, Alain Joyandet, secrétaire français à la coopération, repartait satisfait de sa rencontre avec le chef de la junte après avoir obtenu des autorités guinéennes que la période de transition soit « la plus courte possible ».

[3] Présidée par Josselin de Rohan (UMP). De retour de sa visite à Paris, l’émissaire guinéen, Boubacar Barry, déclarait : « Le problème pour eux [la France] ne se pose pas en termes de candidature ou non du président Dadis Camara. Le problème se pose en termes de régularité et de transparence dans le processus électoral. »

[4] Lire : « Transition en Guinée : les affaires étrangères de France sont complètement passées à côté de la plaque », sur le site Guinée 24.

[5] Lire « Dadis, premier cyber dictateur africain », Pierre Malet, Slate, 29 septembre 2009.


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