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Les armes de Zelaya : "la raison et la volonté de mon peuple”

jeudi 24 septembre 2009
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Par Carlos Iaquinandi Castro le 24/09/2009 site Michel Collon

Transmis par Linsay

La décision de Manuel Zelaya de tenter un retour à Tegucigalpa, retour clandestin et très risqué, marque le début formel d’une contre-offensive du président constitutionnel du Honduras pour reconquérir le gouvernement dont il a été chassé par la violence le 28 juin de cette année.

La nouvelle a commencé à circuler très vite à partir des manifestants-résistants qui viennent de boucler leur quatre-vingt-sixième jour de manifestations dans les rues de la capitale et dans d’autres villes de l’intérieur. Les chaleureuses embrassades des manifestants et les cris de “Mel est de retour” se sont répandus dans les barrios périphériques de la capitale d’où se sont mis en marche, en groupes compacts, des manifestants venus se joindre aux marcheurs du centre-ville.Le Honduras a été secoué, du nord au sud, par l’arrivée inattendue de Manuel Zelaya qui déjà, auparavant, avait tenté son retour par deux fois. La première fois, il fut bloqué à l’aéroport et l’avion qui le transportait fut interdit d’atterrissage. La seconde fois, il fut arrêté à un poste de douane sur la frontière avec le Nicaragua. Aujourd’hui, il a su semer les agents des services secrets du Honduras qui l’ont pris en filature, à Managua, il a su passer, sans se faire repérer, tous les contrôles aux frontières et il a pu traverser une partie du territoire national avec l’appui des mouvements paysans et citadins et arriver jusqu’à l’ambassade du Brésil, au centre de Tegucigalpa.

“Zelaya est installé dans une suite d’un hôtel de Managua”

Le président de facto a réédité ses ridicules apparitions sur la Chaîne de la Télévision Nationale en affirmant devant les journalistes de toute la presse qu’il n’était pas vrai que le président Zelaya se trouvât à Tegucigalpa. Plein de suffisance et tout sourire, Micheletti a déclaré : « Nous avons des services secrets, militaires et de police, et nous sommes informés de toutes les allées et venues de ces gens-là. » Puis, il a affirmé, catégorique : « Manuel Zelaya se trouve tranquillement installé dans une suite d’un hôtel de Managua ». Presque à ce même instant, à quelques centaines de mètres du bureau de ce même Micheletti, des milliers de citoyens du Honduras pouvaient voir de leurs propres yeux Manuel Zelaya en personne apparaître au balcon de l’ambassade du Brésil, à Tegucigalpa, et les saluer. Les radios et les chaînes de télévisions favorables aux putschistes ou sous contrôle du gouvernement, continuaient de répandre leurs mensonges, mais la nouvelle s’est très vite répandue à travers tout le pays : Mel se trouvait au Honduras avec la volonté de reprendre la direction du gouvernement dont il a été chassé.

La OEA confirme son soutien à Manuel Zelaya

Le choc provoqué par le retour inattendu de Zelaya dans son pays a rendu nécessaire la convocation urgente du Conseil Permanent de l’Organisation des Etats Américains (OEA). Après un débat où furent entendues diverses positions des pays membres, une proposition a été présentée par l’Argentine et le Brésil qui « exige du gouvernement de facto la garantie totale de la vie et de l’intégrité physique du président Zelaya, un traitement conforme à sa haute investiture ainsi que son retour à la présidence de la République.” Autre point débattu, mais qui ne fit pas l’unanimité et qui donna lieu à des observations de la part de certains pays, entre autres le Venezuela et le Nicaragua, celui de l’exhortation adressée au gouvernement de facto pour qu’il signe sur le champ l’Accord de San José, ce plan du président du Costa Rica, Oscar Arias, lorsqu’il était intervenu en qualité de médiateur au nom de l’OEA.

La “toile d’araignée” est de retour

En réalité, la proposition d’Oscar Arias, jamais acceptée par Micheletti et son gouvernement de facto, organisait le retour « dans une cage dorée » du président Zelaya en imposant des limites et des conditions à ses pouvoirs durant les mois à venir jusqu’à la fin de son mandat présidentiel légal. Cet accord a été dénoncé par le Front de la Résistance au Coup d’Etat, constitué par les mouvements sociaux du Honduras, comme étant la volonté de « légaliser » le résultat des élections de novembre, qui auraient alors lieu sans les garanties démocratiques nécessaires. Depuis le SERPAL, à l’époque, nous avons qualifié la proposition Oscar Arias-Hillary Clinton, de véritable “toile d’araignée” dans laquelle on a tenté d’emprisonner Manuel Zelaya.

L’ambassadeur du Nicaragua a déclaré que ce n’est pas la « proposition de San José » qui a permis le retour du président Zelaya, mais bien la décision et les risques personnels pris par le président élu ainsi que l’appui du peuple du Honduras qui, depuis 86 jours, continue de manifester en permanence, dans la rue, et cela malgré la represión.

Le gouvernement du Venezuela aussi a déclaré que le retour de Zelaya constitue une réalité nouvelle. Lorsque la déclaration avait été approuvée, le représentant du Nicaragua, Denis Moncada, affirma que le président Daniel Ortega venait de s’entretenir quelques instants auparavant avec Zelaya en personne lequel affirmait que, dans les circonstances présentes, le dit “Accord de San José” n’avait plus aucune raison d’être.

“Je n’ai pas d’armes sur moi”

Le président Zelaya a déclaré que durant plus de quinze heures et accompagné seulement par quatre personnes, il avait traversé plusieurs régions pour arriver à Tegucigalpa.

Il n’a pas révélé les détails de son parcours pour des raisons évidentes de sécurité, mais il a affirmé qu’ils avaient dû éviter des barrages militaires et des contrôles de police sur les routes. « Je n’ai pas d’armes sur moi”, dit-il. “Mes seules armes, ce sont la raison et la volonté de mon peuple ». « Je veux vous dire – a-t-il ajouté - que je me sens engagé envers le peuple du Honduras et que je n’aurai ni un jour, ni une minute de repos tant que je n’aurai pas jeté la dictature à bas du pouvoir qu’elle a usurpé ». Il a affirmé que la lutte et la résistance du peuple du Honduras ont besoin d’un soutien plus ferme et plus résolu de la part de la communauté internationale. Il a dénoncé les assauts des forces armées contre les milliers de ses partisans qui entourent l’ambassade. Dans ce quartier, des camions équipés de canons à eau sont entrés en action et l’armée a eu recours à des grenades lacrymogènes qui ont transformé toute la zone en un espace irrespirable.

Manuel Zelaya a affirmé qu’il ne se rendrait pas et il a rappelé que les autorités du gouvernement de facto ont cru qu’elles allaient l’arrêter à la frontière. “Mais me voici, en chair et en os”, a-t-il ajouté. Il a insisté sur sa volonté que les choses se passent sans violence et que la démonstration serait faite que « nous, les Honduriens, nous sommes capables de reprendre, pacifiquement, ce que nous avons perdu ou ce qui nous a été volé”.

Peu après, au cours d’un entretien téléphonique, Manuel Zelaya s’est montré serein, mais résolu et en réponse à une question, il a refusé catégoriquement l’éventualité de s’entretenir avec le président de facto. « Dans un pays, il n’y a pas deux présidents, a dit Zelaya, il n’y en a qu’un seul, démocratiquement élu par le peuple. L’autre est un tyran qui a pris le pouvoir par la force et s’il abaissait ses colts et ses armes cinq minutes, le peuple ferait immédiatement en sorte de rétablir le pouvoir légitime. »

Ils coupent l’émetteur de la Chaîne 36

Les émissions de la Chaîne 36 qui a été le premier et le seul média du Honduras à annoncer, hier, que Manuel Zelaya se trouvait dans son pays, a été contraint, une fois de plus, au silence. Cette fois, il s’agit d’une coupure de l’alimentation électrique de son installation émettrice et des locaux de la station. Le président du Syndicat des Travailleurs de l’Energie a déclaré que la coupure de l’alimentation en électricité des installations de la Chaîne 36 obéissait aux ordres du gouvernement. Micheletti avait déclaré que deux journalistes, un de la Chaîne 36 et un autre de Radio Globo, pratiquaient « un terrorisme médiatique » en annonçant que Zelaya était rentré dans le pays, ce qui n’était que la vérité, mais à cette minute même le gouvernant de facto niait ce fait. Il accusa les journalistes de mentir et il les menaça même de les traîner devant la justice (qui à ce jour se trouve sous le contrôle des putschistes). Lorsque des journalistes ont insisté et lui ont posé la question de savoir si le retour de Zelaya était avéré, Micheletti, de très mauvaise humeur, leur déclara qu’il ne comprenait pas pourquoi, alors qu’il y a dans le pays une centaine de médias d’information “vous vous faîtes l’écho d’un média insignifiant que personne n’écoute”.

De son côté, Radio Globo, seule radio à avoir informé en direct sur l’arrivée de Zelaya dans la capitale, a fait savoir que son signal est victime d’interférences depuis hier. Dans le Nord du pays, Radio Progrès, dirigée par des pères jésuites, a décidé d’interrompre ses émissions suite à l’entrée en vigueur du couvre-feu pour éviter d’être mise sous contrôle militaire comme cela fut le cas quelques heures après le Coup d’Etat, en juin dernier. Un de ses journalistes a déclaré qu’ils ont préféré interrompre leurs émissions pour éviter l’occupation militaire des studios et de faire courir des risques aux employés.

Couvre-feu sans interruption

Le couvre-feu imposé hier, dans l’après-midi, lorsque les putschistes eurent la certitude qu’effectivement Zelaya se trouvait au Honduras, n’a pas été levé à 7 heures du matin. Une nouvelle mesure officielle a enchaîné la fin d’un couvre-feu avec le début d’un autre, jusqu’à 17 heures. Et la Résistance tient pour acquis qu’à partir de cette heure-là le couvre-feu sera à nouveau prolongé. En réalité, avec de telles dispositions, le gouvernement est en train d’instituer un arbitraire état de siège ou un état de guerre intérieure. Luz Patricia Mejías, présidente de la Commission Inter-américaine des Droits de l’Homme, a déclaré que cette façon de porter atteinte à la liberté de circulation est une violation du droit international.

Des forces armées assiègent l’ambassade du Brésil

Mais, par ailleurs, d’autres dispositions arbitraires des putschistes sont tout autant des atteintes au droit International, comme par exemple la coupure de l’alimentation électrique, du téléphone et de l’alimentation en eau de l’ambassade du Brésil et le siège militaire du quartier où elle se situe, avec la mise en place de barrières et l’emploi de sirènes « crève tympans » qui, avec les grenades lacrymogènes lancées à profusion, ont transformé les rues environnantes en un champ de bataille. En des affrontements inégaux, des centaines de jeunes ont jeté des pierres et toute sorte d’objets sur les nombreux membres des forces armées et de la police. La tension monte dans le quartier de l’ambassade où il a été possible de rétablir l’alimentation en électricité, mais en ayant recours à un générateur.

Depuis le Brésil, le gouvernement de Lula a prévenu que l’ambassade de Tegucigalpa doit être respectée et il rappelle que toute incursion non autorisée dans l’enceinte de l’ambassade constituerait un manquement grave aux lois internationales. “Nous espérons que cela ne se produira pas”, a-t-on déclaré.

Les dernières nouvelles reçues rapportent que le siège militaire rend également impossible l’approvisionnement en vivres de l’ambassade à l’intérieur de laquelle se trouvent le président Zelaya et son épouse, certains de leurs enfants, des membres de son gouvernement et un certain nombre de leurs jeunes partisans, outre le personnel de la représentation diplomatique brésilienne.

La situation est de plus en plus grave

Sur divers axes routiers, à l’intérieur du pays, les militaires ont établi des barrages et arrêtent les autobus et camions qui transportent les partisans de Zelaya voulant se rendre dans la capitale. On parle d’arrestations massives de partisans de Zelaya.

Certains disent qu’il y a environ 200 prisonniers dans l’enceinte du complexe sportif Villa Olímpica et même le député Marvin Ponce accuse les autorités d’en avoir torturé un grand nombre. A la Cañada, quartier périphérique où vivent beaucoup d’enseignants, une demi centaine de policiers s’en sont pris à des personnes qui s’étaient réunies. Un professeur a été arrêté et nul ne sait où il a été emmené. Les vivres commencent à manquer chez les habitants et la capitale offre le spectacle de ses rues désertes et de ses commerces aux rideaux baissés.

Les transports publics sont paralysés et la circulation des autres véhicules est quasiment nulle, excepté les véhicules de police, de l’armée ou d’autres corps de sécurité.

Micheletti a repoussé la possibilité de prendre en considération la proposition dépassée d’Oscar Arias et il a déclaré que c’est désormais « une affaire morte et enterrée”. Il a affirmé que l’objectif était d’arriver aux élections de novembre qui seraient organisées et supervisées par son gouvernement de facto.

Israël Salinas, du Syndicat Unitaire des Travailleurs, a précisé que la prolongation du couvre-feu s’est transformée en un état de siège de fait qui paralyse toute l’activité du pays. Luis Santos Madrid, président du Syndicat des Travailleurs de l’Agriculture, a déclaré que la répression exercée dans les rues adjacentes à l’ambassade a provoqué un grand nombre de blessés et d’arrestations et qu’il n’est pas exclu qu’il y ait des morts même s’il est vrai qu’on ne peut confirmer ce fait en raison du chaos et des restrictions imposées par l’Armée.

Intervenant depuis les Etats-Unis, la Secrétaire d’Etat Hillary Clinton a déclaré que le retour de Manuel Zelaya au Honduras pouvait être l’occasion de mettre fin à la crise politique dans ce pays. Elle a déclaré que les « deux parties » devraient négocier une sortie de crise. Pour Hillary Clinton, les putschistes sont “une partie” et, par conséquent, elle met sur le même plan un gouvernement constitutionnel et les usurpateurs du pouvoir.

Le Secrétaire Général de l’OEA a fait savoir qu’il était prêt à se rendre à Tegucigalpa pour “dialoguer” avec Micheletti, mais il semble qu’il n’ait pas le feu vert des putschistes qui ont fermé préventivement tous les aéroports du pays. José Miguel Insulza a exprimé ses espoirs de remettre à flot la proposition d’Oscar Arias, catégoriquement repoussée par Micheletti et ce bien qu’elle impliquerait un retour au pouvoir de Manuel Zelaya extrêmement encadré.

La Résistance du Honduras a mis en accusation la lenteur de la OEA et de la communauté internationale à mettre un terme aux menées arbitraires des putschistes qui restent systématiquement sourds aux appels qui leur sont adressés.

Les heures passent et les putschistes ont réagi au retour de Zelaya avec de nouvelles mesures répressives, un état de guerre intérieure de fait, des arrestations, la fermeture des rares médias d’information indépendants et des déclarations qui défient la communauté internationale. Au moment de clore cette chronique, on n’écarte pas, à l’intérieur de l’ambassade, l’éventualité que les putschistes tentent de pénétrer à l’intérieur du bâtiment qui est territoire du Brésil et assument alors ce qui constituerait une violation flagrante du droit et des lois internationales.

Les prochaines heures, les prochains jours seront décisifs, car la présence du président constitutionnel au Honduras crée une situation nouvelle que les putschistes auront bien du mal à esquiver.

La résistance populaire n’a pas faibli au cours des 87 jours durant lesquels Zelaya se trouvait hors de son pays. Rien ne permet de penser que désormais elle va s’arrêter.

Le couvre-feu ne pourra pas être maintenu indéfiniment. La situation de siège autour de l’ambassade du Brésil non plus.

La persévérance du peuple du Honduras dans sa lutte et sa juste cause ont besoin du soutien total des peuples de l’Amérique Latine.

Source : SERPAL, Service de Presse Alternative

Traduit par M. Colinas pour Investig’Action


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