Australie : l’impérialisme oublié

vendredi 20 juillet 2007
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L’Australie est une puissance régionale impérialiste, intégrée dans l’alliance globale de la triade Amérique du Nord/Europe/Japon. C’est un allié stratégique subordonné à l’actuelle hégémonie du système mondial capitaliste, les États-Unis, mais « autorisé » à poursuivre ses intérêts propres dans une « sphère d’influence ». Celle-ci couvre pour l’essentiel le Pacifique Sud (Papouasie-Nouvelle-Guinée et Bougainville, Salomon, Vanuatu, Fidji, Tuvalu, Nauru, Kiribati, en plus de la mer de Corail, Norfolk et Lord Howe, et quelques dépendances dans l’Océan indien), ainsi que (surtout ?), en Asie du Sud-Est, le Timor oriental -ce qui ne va pas sans poser de sérieux problèmes.

L’acceptation de cette zone par les autres pays de la triade n’exclut pas les rivalités et des tensions ponctuelles -notamment avec la France qui a des possessions dans la région (Nouvelle-Calédonie, Tahiti et Polynésie, Wallis-et-Futuna), ou la Grande-Bretagne qui conserve de l’influence sur ses ex-colonies. Cette mission de « police régionale » est assurée en partenariat avec la Nouvelle-Zélande, dont les intérêts se situent en Polynésie (Samoa occidentales, Tonga, îles Cook, Niue, Tokelau). Les États-Unis enserrent l’ensemble par un gigantesque arc de cercle, au-delà d’Hawaii, des atolls Johnston, Wake et Midway sous administration militaire et des Line Islands, grâce à leur contrôle sur Palau, Guam, la fédération de Micronésie, le Commonwealth des Mariannes du Nord et les Samoa américaines.

L’Australie accueille plusieurs bases militaires états-uniennes dont les sites sont classés top secret -tout comme le nombre de militaires présents-, ainsi qu’un centre d’écoute électronique à Pine Gap, près d’Alice Springs, conjoint avec l’Australian Defense Force. Les sous-marins états-uniens mouillent à Sterling Bay ou à Darwin -plutôt qu’à Sydney, où les pacifistes sont actifs contre les armes nucléaires. Ces mouvements se préparent aujourd’hui à manifester contre les dégâts écologiques que ne manqueront pas d’occasionner à la grande barrière de corail les exercices militaires prévus prochainement par 12 000 marines états-uniens et 14 000 soldats australiens au Queensland.

L’aide publique de l’Austalie aux pays de la région représente peu de chose par rapport aux profits que ses transnationales et ses banques en extraient. Elle vise surtout à convaincre les États récipiendaires d’adopter une ligne conforme aux intérêts stratégiques de Canberra et de ses alliés -en matière nucléaire notamment.

Aujourd’hui, près de 350 millions de dollars sont accordés à la Papouasie-Nouvelle-Guinée, soit la moitié de l’aide bilatérale australienne. Depuis 1975, les montants cumulés dépassent 5 milliards de dollars. La composante militaire occupe une place centrale dans le dispositif d’aide. Elle correspond à 10% de l’aide versée à la Papouasie-Nouvelle-Guinée -dont l’armée s’est vue livrer hélicoptères et navires de combat australiens durant la guerre de Bougainville. Dans les années 1985-86, le gouvernement (travailliste) australien considéra sa « sécurité » menacée par... le Kiribati, qui s’apprêtait à signer avec l’URSS un accord reconnaissant une zone exclusive de 200 miles (refusée par les États-Unis) pour... la pêche ! En 1987, l’Australie s’employa à faire condamner par le Forum du Pacifique Sud la politique extérieure du Vanuatu, membre du Mouvement des Non-Alignés, qui engageait des relations avec Cuba, le Nicaragua sandiniste et l’OLP, et se déclarait favorable aux luttes de libération nationale de la Kanaky, du Timor oriental et de West Papua (ex-Irian Jaya). Le Premier ministre (conservateur) Howard menaça en 1997 de suspendre l’aide aux pays qui signeraient les accords de réduction des émissions de gaz à effet de serre. L’adoption de réformes néo-libérales conditionne désormais l’aide bilatérale.

L’Australie s’aligna sur la stratégie de containment de révolutions d’inspiration communiste, mais d’appui aux indépendantistes sous contrôle. Elle soutint l’engagement états-unien en Corée (1950), adhéra à l’ANZUS (1951), aida les dictatures indonésiennes lors du massacre des communistes (1965), participa activement à la guerre du Viêt-nam, reconnut Taiwan contre la République populaire de Chine (jusqu’en 1972) et, malgré l’opposition de la gauche, approuva l’occupation du Timor (de l’écrasement du Fretilin en 1975 au massacre de Dili en 1991)... le tout sous couvert de « défense offensive » (forward defence). Elle resta longtemps en retrait économiquement, limitant son rôle à la stabilisation de la région, sans gêner les intérêts états-uniens. Dans les années 1970, l’ouverture des pays asiatiques, de la Chine à l’Indonésie, permit aux capitalistes australiens de pénétrer peu à peu ces économies, surtout leurs secteurs miniers. La libéralisation des marchés fut encouragée dans le cadre de l’APEC (Asia Pacific Economic Cooperation), puis accélérée après la crise asiatique de 1997 et l’assistance du FMI. Le défi actuel est d’approfondir le néo-libéralisme, en contenant les résistances. Mais la puissance régionale de l’Australie se trouve toujours bornée par sa soumission aux diktats des États-Unis. Elle dût ainsi attendre la décision de Washington de remplacer -après la chute de l’allié Suharto-, l’autorité de tutelle sur le Timor oriental pour diriger la force d’intervention onusienne (UNTAET) en 1999 et consolider les positions, déjà fortes dans le pétrole et le gaz (grâce au Timor Gap Treaty), de ses transnationales.

Aussi les intérêts stratégiques de l’Australie ne seraient-ils jamais mieux servis qu’en se soumettant à ceux des États-Unis. L’objectif est de se tenir prêt pour une éventuelle intervention militaire en Mélanésie et dans le Pacifique, ou une action sous commandement états-unien en Asie (ou ailleurs).

Dans cette optique, il est prévu que les dépenses militaires soient accrues de 12 milliards de dollars en 2000 à 20 milliards en 2010. Les effectifs de l’armée ont été portés à 54 000. Les bases sont modernisées, les matériels renouvelés (chasseurs, bombardiers, transporteurs de troupes, ravitailleurs en vol, AWAC, hélicoptères, patrouilleurs...), les services sophistiqués (télécommunications, informatique), les formations actualisées (y compris aux techniques d’interception de réfugiés !). L’« inter-opérationalité » devient la clé de cette restructuration de l’armée, toujours plus intégrée à la stratégie militaire des États-Unis et technologiquement moderne pour faire face aux risques d’instabilité dans la région.

Car, malgré la récente victoire électorale de Ramos-Horta, qui bénéficia du soutien de l’Australie, face à Alkatiri, les forces de gauche sont encore puissantes au Timor oriental.
- L’évolution de la Papouasie-Nouvelle-Guinée est toujours difficile à prévoir, et les tensions persistent à Bougainville. Les pressions pour la démocratie montent contre le vieux style de gouvernement au Tonga, appuyé par l’Australie.
- Les îles Salomon, qui viennent d’annoncer la prochaine arrivée de médecins cubains sur son sol, critiquent de plus en plus les opérations de « maintien de l’ordre » des forces -majoritairement australiennes- de la RAMSI.
- Quant aux Fidji, les militaires y défient ouvertement Canberra.

Impossible donc d’oublier ce sous-impérialisme des antipodes, d’autant que le gouvernement Howard veut accroître la présence militaire australienne aux côtés des États-Unis en Irak -plus de 2 500 hommes, soit l’effort le plus important depuis le Viêt-nam...



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