Rue de la République : Un gros proprio condamné pour manipulation boursière

lundi 1er janvier 2007
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Un article curieusement passé inaperçu alors qu’il dénonce un scandale immobilier pas piqué des vers...

Si ANF, branche immobilière d’EURAZEO et propriétaire de nombreux immeubles de la rue de la République a jusque là été discrète en regard de Marseille République, l’actualité la rattrape. Son directeur, Bruno Keller, a été condamné en appel pour manipulation boursière ainsi que EURAZEO.

Un des deux « gros » propriétaires de la rue de la République a été condamné en appel par la cour de Paris le 12 septembre dernier, pour manipulation des cours de la Bourse. Celle-ci a en effet confirmé la décision de l’Autorité des Marchés Financiers du 16 septembre 2005 condamnant EURAZEO et Bruno Keller, le secrétaire général, à 500 000 et 50 000 euros, ainsi que la société de courtage EXANE, condamnée à 300 000 euros, Bruno Keller est aussi le président d’ANF, branche immobilière du groupe EURAZEO, propriétaire de 2 000 logements sur Marseille et notamment sur la fameuse artère.

A défaut du droit de prendre le gauche....

Les faits reprochés portent sur « une communication d’informations privilégiées » et « la réalisation de transactions constituant une entrave à l’établissement des cours ». Ils remontent à 2001. Suite à une fusion d’EURAFRANCE et AZEO l’année précédente, EURAFRANCE décide alors de racheter des titres à une entreprise restée actionnaire après l’OPA : USB Wasburg. Si le principe d’achat d’actions ne soulève aucun problème de principe car relevant d’une gestion interne, le collège de la commission des opérations de bourse (COB, ex-AMF) refuse d’avaliser l’opération au motif qu’elle devait s’effectuer à un prix supérieur au cours de la bourse. Ceci n’est en effet pas toléré puisque cela favorise des actionnaires au détriment d’autres.

Or, ce 27 février, EURAFRANCE passe outre, organisant une hausse des cours en fin de journée et déclarant le lendemain une transaction hors séance via la société EXANE. C’est probablement ce dernier point qui a alerté la COB, les 5,8 % d’augmentation du titre n’étant en soi, pas extraordinaire.

Après enquête, la COB a donc conclu à la manipulation, refusant la présomption de légitimité. Dans le monde de l’entreprise, celle-ci bénéficie en effet de cette présomption, les achats ou les ventes étant à priori considérés comme relevant d’une bonne gestion, ne lésant aucun actionnaire par rapport à un autre. Cette erreur a été imputée à l’entreprise mais aussi, fait plus rare, à une personne : Bruno Keller, du fait de sa responsabilité et de son autonomie identifiée dans cette action. Le fait est d’ailleurs largement alimenté par des comptes-rendus de conversations téléphoniques.

Si l’entreprise - EURAZEO condamnée à 5 00 000 euros d’amende pourrait légitimement se retourner contre son employé pour faute professionnelle devant le tribunal de commerce, ce n’est pas le cas. Si EURAZEO se refuse à tout commentaire sur le devenir de Bruno Keller, elle se contente d’expliquer que « la possibilité du recours en cassation est en cours d’étude avec les avocats, pour la condamnation d’EURAZEO comme pour celle de Bruno Keller ». A noter que la cassation ne se prononce que sur la forme et non sur le fond.

Défendre la déontologie d’une par, accepter la manipulation de l’autre.

C’est d’autant plus surprenant que Patrick SAYER, membre du directoire d’EURAZEO, est aussi le président de l’Association Française des Investisseurs en Capital (AFIC), organisme indépendant fédérant et représente l’ensemble des opérateurs français du Capital
Investissement. Or, celui-ci se fixe pour première mission de « développer les bonnes pratiques, établir des règles strictes de déontologie, de gouvernement d’entreprises et de valorisation des portefeuilles, tout en favorisant l’autorégulation de la profession »... Ce qui jure un peu avec les condamnations.

La chute

C’est d’autant plus... « amusant » que Bruno Keller s’est souvent employé à apparaître comme le Monsieur Vertueux de la rue de la République, prenant soin de se distinguer de l’autre « grand », Marseille République. Ce dernier a en effet largement défrayé la chronique sur la manière dont il traite les locataires en place ou sa façon de gérer le quota de logements sociaux auquel il est contraint par convention avec EUROMED. Lors d’une réunion publique organisée par la cité des entrepreneurs le 14 septembre dernier, Bruno Keller s’est même permis de refuser ostensiblement de prendre le micro tendu par Eric Foyard, directeur de Marseille République. On ne mélange pas les torchons et les serviettes.




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