Quand le CCO rompt les liens avec tout le monde…

mardi 9 mars 2021
par  Charles Hoareau
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Il y avait hier une deuxième journée de grève au CCO (centre de culture ouvrière) à Marseille, associations qui gère plusieurs structures sociales de la ville. Evènement historique pour cette structure. Décryptage.

Le CCO, centre de culture ouvrière, a été fondé à Marseille dans les années d’après-guerre par des militants ouvriers chrétiens pour la plupart, avec un but transparaissant dans le nom même de l’association : promouvoir l’éducation populaire. Comme on peut le lire sur son site pour le CCO : « L’éducation populaire est une éducation au sein du temps de loisirs par la pratique de la vie de groupe, la confrontation, le partage et la mutualisation des savoirs. Elle a pour but de donner accès à tous à toutes les cultures et de développer la citoyenneté ainsi que de promouvoir l’émancipation de tous les hommes quel que soit leur milieu social. »
Pour illustrer cela aujourd’hui en regard de ses objectifs initiaux, le CCO a adopté comme slogan qu’il affiche sur toutes ses pancartes, Tisser des liens.

Des liens rompus avec l’histoire

Sauf que ça c’est le passé et cela n’a pas grand-chose avec ce qui se passe aujourd’hui. Face aux difficultés budgétaires réelles et aux choix politiques nationaux que l’on veut imposer d’année en année aux structures sociales du même type, que ce soit dans l’animation ou l’accompagnement social, le CCO, qui gère à Marseille des centres sociaux et des points d’accueil RSA, loin de résister s’adapte. Il fait même plus que s’adapter, il épouse le discours dominant, sous l’impulsion, en particulier depuis plusieurs mois, de son directeur général Belkacem MEDJAHED grâce au silence complice d’un conseil d’administration qui ne se réunit plus depuis de nombreux mois comme le dénonce à juste titre les salarié-e-s.
Aujourd’hui il n’est plus question d’éducation populaire que dans le discours officiel mais dans les faits les consignes données au personnel qui lui croit à sa mission et à l éducation populaire, ces consignes donc vont à contresens de ces objectifs affichés et du coup les salarié-e-s se retrouvent à contre-courant des directives de leur direction. Le phénomène n’est pas nouveau en particulier concernant ce directeur mais il prend de l’ampleur. Pour ne prendre qu’un exemple montrant le type de choix de gestion fait par M. MEDJAHED dans un centre : le gouvernement diminue les crédits pour des projets éducatifs en milieu scolaire ? On va remplacer un psychologue ou autre personnel qualifié par un animateur (parfois tout juste stagiaire) ce qui revient moins cher.
En fait ce qui apparait clairement c’est qu’au concept mis en avant lors de la création du CCO d’accès égal au droit, se substitue aujourd’hui le concept cher à Sarkozy qui en fut le premier promoteur, d’égalité des chances. Exit l’éducation populaire, bienvenue à la gestion administrative et financière de la misère sociale.

Des liens rompus avec le public

Car la première conséquence de cette adaptation consentante aux choix politiques de gestion gouvernementaux, c’est le public qui en fait les frais. Dans un contexte de restrictions budgétaires ce sont les projets éducatifs, l’aide aux familles en difficultés, à cette jeunesse des quartiers populaires que le système exclut, c’est tout le système qui en pâtit. La direction a beau jeu de renvoyer la balle dans le camp des gouvernements successifs mais elle ? Que fait-elle pour résister ? Où a-t-on le CCO mobiliser les publics pour lutter contre ce libéralisme à tous crins, devenu le nec plus ultra du mode de gestion ? Un propos désabusé au micro d’un journaliste curieux et plus rien. On applique et on justifie. La population n’est pas dupe qui ces jours-ci encore manifestait au côté des personnels en lutte contre le non-renouvellement du contrat d’une salariée qui, se situant justement dans le droit fil des buts énoncés par les créateurs du CCO, avait tissé des liens avec la population de la cité. Exit la salariée. On n’est pas là pour faire de l’éducation mais du chiffre.

Des liens rompus avec le personnel

Car le personnel est bien l’autre grande victime de cette volonté politique de la direction. Et il est victime doublement.
D’une part parce que les choix mis en œuvre par la direction et le CA ne correspondent pas à ceux qu’il a fait quand il s’est engagé dans le social. Secteur professionnel militant par essence.
D’autre part parce que lorsqu’il pose des questions sur son métier et ses missions il est confronté à une répression mise en œuvre par un directeur général et sa garde rapprochée à ses ordres. Directeur qui n’en est pas à son coup d’essai puisqu’avant d’être directeur général c’est à pas moins de 3 départs contraints (sur un effectif d’une dizaine de personnes !) auxquels il a procédé sur le centre dont il assurait la direction. Parmi les 3, une salariée avec plus de 20 ans d’ancienneté qui a d’ailleurs gagné en 1re instance aux prud’hommes qui ont reconnu le caractère abusif du licenciement. Pour les deux autres (dont une handicapée) ce n’est pas mieux.
De plus au cœur de ces licenciements ce sont bien les méthodes de direction qui étaient contestées et même des raisons déontologiques sur la gestion financière… [1]

Devenu directeur général du CCO, il remet ça comme le dénoncent les salarié-e-s dans leur tract en pièce jointe : pression, sanction, brimades et licenciements…
Pour quelqu’un qui assume le fait de dire que le code du travail (et ce qu’il en reste !) c’est encore bien trop pour les salarié-e-s on se demande ce qu’il fait dans le social ! Et ce que veut dire pour lui la notion de lien social.

Quant au CA qui pour le moment laisse faire (voire approuve) on se demande s’il ne devrait pas changer de slogan et adopter par exemple Vive le détricotage !

Quoiqu’il en soit les personnels sont décidés à ne pas se laisser faire, ils l’ont prouvé hier et le prouveront encore ce lundi lors de la convocation (encore !) du délégué syndical CGT.
Les tisseurs de lien, c’est eux…


[1Pour ne pas dire plus à ce stade des procédures NDLR



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